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 « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ

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Eden Vangelis
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MessageSujet: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Dim 24 Fév - 23:43

___Il s’était mis à pleuvoir. De lourdes gouttes s’écrasaient contre le grand mur vitrée du salon, dans une cadence ininterrompue. Eden avait terminé son repas depuis près de trente minutes, vingt-et-une heures sonnaient, et une très longue nuit s’annonçait déjà pour le jeune mutant dont l’esprit s’égarait encore une fois dans les tréfonds de l’ennui. Assis au bord du luxueux sofa de velours, sa main ne lui faisait plus mal, mais il ressentait cette gêne caractéristique ; celle de percevoir ses pulsations à travers elle à cause de la blessure. Il ne prêtait, strictement, aucune attention à l’écran ni au flot de paroles qui inondait la pièce et la saturait de nouvelles politiques, économique, bref, la même soupe recrachée tous les soirs par des journalistes incompétents et formatés.

___Sur ses genoux, il caressa les reliefs rougeoyants d’une couverture, appréciant de toucher le livre dans tous les sens, de sa tranche à sa reliure, le flattant avec plus de sincérité qu’il ne l’aurait fait avec son maître, pressant la pulpe sensible de ses phalanges sur le morceau de carton plastifié. Grave of the Fireflies, Akiyuki Nosaka. Il ne l’avait pas encore lu, à vrai dire il hésitait depuis quelques semaines à le commencer, il se contentait depuis de le regarder, le retourner dans tous les sens, feuilleter ses pages et lire le tout dernier mot du roman. Il l’approcha de son visage, respirant l’odeur du papier, se demandant s’il avait été acheté dans une vraie librairie, donné, offert par un proche, de quand datait sa publication. Tant de questions qui resteraient évidemment sans réponse. Eden déposa délicatement l’ouvrage sur la table basse de verre, la pluie redoublant de férocité au-dehors, lui faisant lever la tête. Tout paraissait plus beau, à l’extérieur, même sous les trombes d’eau. Ici, tout était laid et oppressant, la question était de savoir lequel entraînait l’autre.

___Eden s’était approché de la surface vitrée, avançant timidement sa paume contre celle-ci, curieux de sentir la froideur du mur, peut-être même la vibration de la pluie. Il aurait voulu le traverser, laisser l’orage mouiller son corps qu’il laisserait tomber dans le vide avec un plaisir certain. Il était difficile de concevoir qu’un être comme lui puisse rêver, mais c’était bien le cas. Eden était capable d’imaginer, chose qui n’était pas forcément commune chez toutes les créatures de son espèce, nombre d’entre elles avaient oublié cette faculté, ce pouvoir de rendre le quotidien un peu moins insupportable. L’appartement était situé trop en hauteur pour que le jeune homme puisse observer les silhouettes évoluer tout en bas, sur le bitume sans arrêt fréquenté, il ne pouvait les voir que dans les reportages, ce qui était sûr beaucoup plus impersonnel. Aussi loin qu’il se souvienne, il n’avait jamais fréquenté le monde sinon ses compagnons d’infortune, la solitude faisait partie intégrante de sa vie et il était persuadé que l’inconnu le terrifierait. C’était un bon moyen de garder les slaves, leur ôter toutes défenses mentales pour les garder dociles, incapable de se débrouiller seuls, se résignant aux barreaux de leur cage, les acceptant jusqu’à leur fin.

___Mais il existait des entailles, des sursauts inconscients de quelques secondes, se manifestant chez certains spécimens, où leur volonté propre, leurs désirs, leurs espoirs les poussaient à ne pas abandonner, ne pas lâcher prise, leur assuraient qu’une vie meilleure pouvait les attendre ici-bas, si seulement ils en atteignaient la porte … Mais tout ça était très vite balayé, enseveli par la sempiternelle émotion d’inexistence, de rien, de vide. Le rêve emportait Eden, le front appuyé contre la vitre, son souffle ayant dessiné un petit écran de buée contre celle-ci. Mais à quoi pouvait aspirer un esclave, lui qui n’avait jamais connu que l’intérieur d’une prison ? C’était bien là que toutes ces heures de lectures jouaient un rôle, ces minutes à dévisager les gens interceptés dans la rue pour être interrogé à propos d’un fait divers ; une vie normale. Voilà ce qu’il voulait. Aussi manipulés soient les citoyens de Kertapolis, ils étaient toujours plus libres que lui. Mais peut-être qu’une existence à l’abri des aléas de la condition humaine et de son matérialisme était plus enviable ? Mais Eden n’avait rien d’un Epictète, il était plutôt le Sporus d’un nouveau genre, comme beaucoup.

___Un effet sonore un peu trop puissant le fit sursauter, son collier tintant contre le verre. Il tourna la tête, des images d’explosion diffusées sur l’écran holographiques. Il avait presque oublié. Eden apporta sa main à son cou, redessinant les contours de l’entrave, un exemple de ce qui pouvait faire voler en éclats toutes espérances. Il avait à peine pivoté pour s’informer, hagard, des nouvelles du soir. Rien de bien joyeux et passionnant, des débâcles avec la Red Zone, encore et toujours, des finances houleuses, des innovations. Si l’esprit encore juvénile d’Eden devait schématiser l’univers gravitant autour de sa coquille, un train aurait été la parfaite image qu’il s’en eût fait. Sans terminus, sans arrêt, une course folle qui lui donnait le tournis et la sensation de noyade. En dépit de sa condition, et avec son recul de slave, il avait l’impression d’une surcharge volontaire d’informations permanente de la part des médias, Eden n’était pas idiot et savait ce qui existait en dehors de l’Ultrapolis, or ils n’en parlaient presque jamais, ce qui pouvait le frustrer, surtout après avoir lu un récit se déroulant en Eurasie ou en Océanie. Sa timide curiosité était peut-être la preuve d’une âme pas encore tout à fait décédée. Il s’avança vers la table basse, prit son livre puis, revint face à la vitre.

___Sans explication, il se décida à l’ouvrir, ses pouces faisant défiler les pages. Ses iris incandescents braqués sur l’objet de son attention, la pupille à pleine plus vivante que d’habitude, pourtant rien ne dissimulait l’éclat triste luisant au fond ses prunelles vertes. Vêtu d’un simple débardeur blanc, il avait retiré sa veste, ses épaules osseuses et halées se mouvant à peine sous ses gestes. Il avait choisi un feuillet au hasard, totalement. Il fit couler son regard le long de la page jusqu’à tomber sur des guillemets. Eden lut pour lui-même, lentement, délicatement, comme s’il voulait saisir l’essence de chaque syllabe.

« Why do fireflies have to die so soon ? »

___Sa voix douce mourut dans le sifflement du dernier « s », la phrase le laissa un instant interdit, songeur. Elle le mit mal à l’aise, il ne savait pas quoi répondre. Pourquoi. Il se demanda s’il n’était pas lui-même une luciole. Né pour mourir. Sans même briller. Eden leva les yeux vers la vitre. Elle lui renvoyait le reflet des meubles.

___Mais plus seulement.



Dernière édition par Eden Vangelis le Jeu 21 Mar - 4:31, édité 7 fois
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JackZ Omega
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Lun 25 Fév - 14:58

Le plafond était noir, comme les murs. La pièce était recouverte d’un enduit d’isolement aux ondes. Aucun réseau de quelle nature qu’il soit ne pouvait pénétrer dans la cellule de JackZ et cela ne l’empêchait pas de baliser. Il ferma les yeux en ravalant un râle, crispant sa mâchoire de frustration pendant que Manty déployait inutilement ses talents de suceuse. Il bandait, c’était déjà beau. Mais il avait beau regarder ses lèvres en action venir s’écraser contre son bas ventre, constater l’joli minois IRL de la jhackeuse brouillé par le désir, son esprit n’était pas moins prisonnier de la matrice, perdu quelque part dans la matière noire. Qu’il rouvre les yeux ou qu’il les referme ne changeait pas grand-chose, Alpha persistait en phosphène dans ses rétines, dans sa psyché, dans son cœur et jusqu’à sa bite même. Il envoya une main agripper les tresses épaisses et multicolores qui ornaient la coiffure de Manty et lui releva la tête, plongeant sa focale bleu-néon dans l’regard brillant et brumeux de la gonzesse. Elle portait ses i-lens. « Arrête, » haleta-t-il, son regard à la fois dur et paumé dardant l’innocente d’une colère injuste. Elle le libéra en remontant un long coup de langue jusqu’à l’ogive armée, histoire de lui faire comprendre qu’il semblait pourtant bien parti pour s’amuser puis força de la nuque pour aller baiser le relief musculeux de ses abdos. « Manty. » Sa voix était rêche et effilée, dénotant parfaitement sa gorge sèche et l’état d’manque.

« Jackz. Relax, on a pas de sortie à faire pendant trois heures au moins. Rain nous avertira s’il y a quoi que ce soit. S’il te plait… » Elle semblait calme et savoir comment gérer la meatsuit de Carlisle, réputé pour n’entretenir qu’une sexualité désincarnée dans le cyberspace. Le comprendre, s’était autre chose. Personne ne l’pouvait, pas même en sémiosis. Après tout, JackZ était irrémédiablement disjoncté, disaient-ils. Il gronda quelque juron et se redressa sur un coude, dégageant sans ménagement la tête de la cybergoth. « Tu sais pas c’que j’ai à foutre. J’ai pas l’temps pour ces conneries », grogna-t-il bourru et hautement agacé avant de s’assoir sur le bord de la couchette. Il se redressa et remonta son fut ample, immanquablement déformé par l’érection fière que son corps se tapait malgré lui, regard voilé ton sur ton par les mèches bleu flash de sa chevelure. Manty ne fit pas d’autre commentaire, mais elle serra les dents très fort. Elle savait parfaitement qu’il était inutile de prendre la mouche et de se sentir blessée dans son être intime. C’était JackZ. Elle était désirable et n’avait pas besoin de remettre en question son sex-appeal ni sa bonne volonté. Mais quand même. Ça piquait l’égo.

Tout était bon pour plonger. JackZ se créait des imminences et des nécessités qui le déculpabilisaient, alors qu’il savait que sa santé demandait de ralentir le cyberchar. Mais quoi, quelque part il était responsable des milliards de crédits qui disparaissaient depuis le premier gap ouvert dans la glace de WorldNxT. Responsable de la décimation de l’équipage de Libertad Unida et d’autres opérations incompréhensibles dont il fut le témoin impuissant. Assister sans pouvoir agir était une amère expérience. Le simple fait de savoir, le rendait responsable. Le moment d’une petite plongée était venu, histoire d’aller délivrer une info et de faire le tour des glaces qui protégeaient les Am.i spaces de l’EZ. On n’sait jamais. Peut-être qu’il surprendrait une IA sur le vif ? Ou un jhacker assez cramé pour penser pouvoir briser dans les systèmes de sécurité d’une firme telle que la Pantocracy ? Dès que les capitaux dépassaient l’milliards ça gravitait autour, comme des fucking poissons près d’une barrière de corail. Ou peut-être qu’un gap s’ouvrirait devant lui et le happerait avant que son pare-feu n’air eu le temps de déployer le bouclier. Peut-être qu’il la verrait. Alpha. Manty le regardait, elle aussi témoin et impuissante devant lui, l’regard opacifié par les i-lens caressant les dorsaux de granites de JackZ. Elle en connaissait qui donnerait cher pour avoir pareille meatsuit. « JackZ, » osa-t-elle. Mais il semblait cristallisé, les poings serrés et les muscles pris de tremblements. Jusqu’à ce qu’il actionne son substrat et n’quitte le bunker de sa cellule, sans lui répondre. De fait, il ne l’avait pas même entendu.

Il y avait les nécessités préventives qu’il créait et les requêtes qu’on lui faisait. Amaury était directement joignable par les hauts kertaliens aux cotés desquels il avait grandi. Une boite simple et évidente protégée par la glace la plus dense qui soit. Forcément. Amaury.carlisle⊂wntx.gt. Généralement, ses correspondants ne se risquaient pas à détailler leur problème et se contentaient de le notifier d’un simple : « Need u, iced fruitcake », signé Valrogh, ou parfois un magistral « We shall request your help», signé Govoretski, tout dépendait des vieilles amitiés ou inimités personnelles. Mais les milliards de Kertz et crédits en jeu ne faisaient généralement que peu de cas des petites disputes de cours de récré. Cela faisait deux semaines que Vangelis lui avait demandé une info. Et cela faisait plusieurs mois que JackZ possédait la réponse. Mais comme rien ne pressait, il avait attendu, gardant précieusement ce service à rendre pour excuser une sortie qui n’aurait pas lieu d’être. Le CIO de l’Enklimacy commençait à se poser des questions à titre personnel sur les ambitions de la dynastie exilée en orbite. Ça n’était pas l’genre d’info qu’aurait lâché Amaury. Pas s’il n’avait pas été témoin du piratage le plus meurtrier qui soit ces derniers mois, mettant en OPA l’une des stations spatiales de Continental Brazilia. Aussi, il décida de raconter ce qu’il avait vu. Il fallait qu’il en parle à quelqu’un. Quelqu’un de sûr.

« Tu plonges ? » La question était éminemment rhétorique, aussi, reçu-t-elle une réponse méritée : « Nope, j’viens m’faire cuire des pâtes. » Halley pesta un rire en secouant la tête et JackZ fixa les dermatrodes à usage unique sur sa nuque et ses tempes. Il se laissa choir dans l’assise ergonomique qui lui moula les corps avec une avidité presque monstrueuse et entama les branchements, la fièvre et la hâte s’emparant de lui. « Simple reconnaissance », murmura-t-il, déjà absorbé. Halley évita de rétorquer le « c’est ce qu’on dit » qu’il avait au bout de la langue et demanda plus prudemment, profitant de l’état de lucidité de son boss : « Hey, tu peux me ramener un échantillon de la dernière glace de chez Symtec-Lab ? » JackZ arqua un sourcil et étira une grimace dédaigneuse. « Why tu veux leur dernière merde ? J’suis sûr qu’on peut voir les fissures à l’œil nu tellement sont nazes ». Il fouilla sous le siège et extirpa un tuyau de plastique opaque tandis que ses prunelles bleu flash pulsaient sur le jhacker au crâne rasé dont le monocle optique implanté reflétait l’affichage des holoécrans de la salle. Il renifla et rehaussa sa grimace en méchant sourire tout en vérifiant que le cathéter ait été changé. « T’aurais pas une passe à faire en rapport avec LitDefencer ? » Halley ricana comme un crétin pour toute réponse, du haut de ses deux mètres d’armoire à glace. « Wokay, j’te ramène ça. C’est sur mon chemin…»railla JackZ.

Les sociétés de sécurité Am.I, anciennement les bons vieux developers d’anti-virus, fricotaient toutes avec les jhakers pour « améliorer l’expérience » de leurs produits et faire des coups foireux au concurrents ; et les gueguerres profitaient au HackZ dispatchés sur la RZ : beaucoup plus chauds à tracer pour les agents desdites sociétés. WorldNxT était neutre et n’avait aucune obligation envers ce genre d’entreprise. Jackz retira le sceau garantissant la stérilité du cathéter et fourra les mains dans son fut, non sans grimacer de déconvenue l’temps de se le ficher dans le méat. Halley regarda ailleurs et s’abstint de tout commentaire. Se brancher pour la vidange ne signifiait qu’une chose : qu’on passerait plus de six heures en immersion. Le géant lui apporta son simulateur, l’aida à compléter les branchements et lui passa les dés au bout des doigts. C’était tellement plus simple avec un implant. Lui seul savait véritablement pourquoi il n’en voulait plus. Dès qu’il sortait de sa cellule étanche il lui semblait pouvoir sentir la pesanteur des Am.i bien que le réseau soit clairsemé loin de la densité que connaissaient l’EZ et la MB. Les satellites et les mobilbornes que les HackZ déplaçaient assuraient un accès stable à qui voulait slider, sur l’Hyperweb et dans le Cyberspace. Le simulateur était en veille et prêt à répondre à l’impetus cérébral de JackZ, monture personnalisée ne répondant qu’à son ADN et ses propres ondes alpha, comme en possédait tout jhacker qui se respecte. « I’m goin’ », feula-t-il avant de fermer les yeux, basculant aussitôt en sentant l’explosion d’un millier de bulles lui remonter le long de la colonne. C’était à cause de cette sensation que les sliders parlaient d’immersion et de plongée.

JackZ Omega rouvrit les yeux sur l’étendue mirobolante du cyberspace depuis l’un des points de login semi-aléatoire que générait son simulateur. Devant lui brillaient comme autant de supernovæs en plein effondrement, les activités et le trafic en temps réel dans les enchevêtrements d’Am.I Space attenantes. Il était en pleine EZ, près de la Globe Tower, en furtif bien évidemment. Il vérifia les routines des proI.A dont il avait la charge et fit le tour de la glace qui protégeait le système de la firme. Ça représentait des milliers de kilomètres d’altitude dans le cyberspace. Escalader le mont blanc IRL à mains nues était un jeu d’enfant à côté. Briser la glace de WorldNexT aurait dû rester quelque chose d’impossible et bien qu’une dizaine d’années se soit écoulées, la blessure narcissique était toujours vivace. Il flotta une bonne heure, fonçant allègrement à une vitesse vertigineuse et entreprit de se rapprocher de l’orbe de l’Enklimacy en ralentissant son avancée pour profiter du simple fait de plonger. Le hakama blanc modernisé, neo-Shinjuku style, ondulait comme un prolongement de son être en tenant lieu de jambes à son simavi, celles-ci se rematérialisant lorsqu’il se mettait à stationner ; ses contours se définissaient alors en une haute résolution, parefeu ossuaire bien ajusté à sa mâchoire, sabre brise-glace fouraillé dans le dos, sans soya pout le tenir. Tout était possible. Sa chevelure cascadait et flottait autour de lui en l’auréolant d’un bleu argent brillant et son regard souligné de nuance turquoise balisait les alentours à la recherche de quelque infrog ou trojan à pourfendre. Son simavi était à peine une sublimation de son apparence dans le meatspace. Il avait connu des jhackers avec un égo surdimensionné et dont les simavis customisés ne ressemblaient plus en rien à la personne irl. Les pro se prenaient très vide pour Dieu dans la matrice.

Inutile de faire durer le plaisir. Fallait qu’il crache ce qu’il savait. Now. Le Simulacre d’Amaury Carlisle se propulsa dans l’étendue immatérielle, torpillant l’espace sans aucune distorsion sur son passage jusqu’à atteindre la glace qui protégeait le grand loft de Vangelis. JackZ se fendit d’un sourire de joker en voyant les progs lui foncer dessus et se figer brusquement pour l’encercler sans le bombarder de codes. « Hello sweeties… » lança-t-il sans mouvoir ses lèvres. Les progs, retournèrent dans leur veille paresseuse. Amaury les avait développé lui-même et WorldNxT en avait équipé les résidences des partenaires de la firme. L’étendue de glace semblait sans fin devant lui et tandis qu’il la contemplait, une joie inqualifiable irradiait de son visage déformé d’un sourire inhumain. Il se fondit et devint translucide, épousant les codes de la glace, devenant lui-même glace en inoculant son eADN au système de sécurité. Le bleu de JackZ s’y dissout et colora le réseau en un embrouillamini de veinules bleutés qui se déploya à la vitesse de la lumière. Il le traversa. A un peu moins de deux-mille kilomètres de là, si l’espace géographique recelait encore un sens quelconque, le corps d’Amaury s’arqua et se tendit sur l’assise ergonomique, poignets et chevilles tirant avec fureur sur les sangles. Halley eut un commentaire railleur et garda son monocle vers le jhacker en plein trip immersif.

Le schéma de l’Am.I space des appartements cibles apparut à JackZ, dispensé d’une quelconque nécessité de matérialisation ou de représentation des balises envoyées : pour qui le ferait-il ? Il n’était pas en démonstration et personne ne le « voyait ». Dans un plan parallèle, l’IA domestique centralisée de l’appart, ainsi que tout le système de dogiciels, se désactivèrent après la création de point de sauvegarde ; ne laissant en veille que le conditionnement, la ventilation et le terminal d’Am.i. Les androïdes de Vangelis se figèrent et le collier de l’esclave émit un faible chuintement signant un déverrouillage intégral. JackZ n’avait pas fait dans le détail : toute device susceptible de déceler sa présence devait être neutralisée et cela avait toujours été ainsi. Aussi, lorsque tout s’arrêtait subitement de fonctionner et que le silence se mettait à régner, cela ne pouvait signifier que deux chose : une bombe EMP de magnitude énormissime avait été lâchée sur Kertapolis, ou, dans un ordre diplomatique bien moins dramatique, Amaury Carlisle venait vous rendre visite.

Apparaitre en plein milieu du meatspace en s’holo-matérialisant à partir d’un terminal d’Am.I était un fantasme que beaucoup caressaient et s’essayaient à réaliser. JackZ en avait fait une routine et se tapait même le luxe d’apparitions esthétisées. Fierté de jhacker à laquelle Omega sacrifiait. Lorsque l’écran du salon se mit subitement en veille, la grande baie vitrée se nimba de violents reflets bleutés et la pièce s’inonda d’une radiance de patterns fractals à la précision vectorielle. L’émission de lumière néon se concentra un instant, aspirée par un point unique à quelques mètres du terminal d’Am.i et fonça sur l’esclave telle une planète géante gazeuse libérée de son orbite. La présence vivante de la pièce était indiquée au jhacker en paramètres biométriques le temps que l’image de son environnement direct n'atteigne une netteté optimale, tout comme l’hologramme de son simavi.

Mais ça n’était pas Vangelis. Du moins, pas celui qu’il était venu voir. Le rayonnement bleuté disparut et l’apparition de JackZ se délimita derrière l’esclave, une faible iridescence indiquait la nature holographique du jhacker malgré la haute résolution dans laquelle il se manifestait. Suffisamment grand à taille réelle, il dut se courber pour observer le mutant : JackZ flottait dans une apesanteur contrôlée, effet d’immatérialité avec lequel il jouait. Le manche du sabre dépassait derrière ses épaules massives et le col noir de son hakama baillait éhontément en dévoilant un torse lisse et idéalement modélisé. Amaury n’était pas bien différent de son simavi, si ce n’étaient les ecchymoses qui le coloraient et les cicatrices de somatisation qui le striaient. Un pli de contrariété vint durcir ses traits et sa lèvre inférieure remonta en une bouderie improbable sur le visage sévère. Son regard sublimé d’un effet de khôl noir épais et souligné de turquoise était abaissé sur le gamin, parefeu osseux plaqué sur la maxillaire droite lorsqu’il articula d’un timbre métallisé qui se clarifia et s’humanisa instamment, ne serait-ce que par le ton de yakuza agacé avec lequel il s’exprima : « N’hurle pas. Je suis venu voir ton maitre. » Impossible de se souvenir du nom de l’esclave. La dernière fois qu’il l’avait aperçu, l’môme devait avoir 17 ans. « T’peux aller le chercher pour moi ? » demanda-t-il en se redressant pour reluquer vers l’issue de la vaste salle principale. Mais il savait parfaitement qu’il n’y avait personne, autrement une tâche rouge lui aurait indiquée l’émission de chaleur propre à la vie.

Sa focale vrilla aux coins peinturés de ses yeux, observant calmement la propriété du lord et son incompréhension se manifesta par un profond soupir. Il ne biterait jamais rien des lubies d’aristo. Des technocrates fortunés également. Le servage, certes, c’était une chose mais ça… Il captura le titre du livre malgré lui. “Why do slaves have to be at first ?” pensa-t-il tout haut, ses lèvres ne se mouvant pas tandis que la sémiosis dans laquelle il s’était exprimé s’était automatiquement traduite en phonèmes anglais. « Shit », s’excusa-t-il platement sans pour autant détourner le regard affirmé qu’il portait sur le boy. Sa beauté était presque féminine. Magnifique même. C’était surement ça. Pédérastre et esclavagiste. Mais il n’avait pas à juger et le savait parfaitement : lui-même n’était pas en reste coté extrême.

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Dernière édition par JackZ Omega le Mar 26 Fév - 22:51, édité 3 fois
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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mar 26 Fév - 2:06


___Le soudain mutisme ambiant ne l’avait pas interpellé. Il s’était un court instant égaré dans les méandres d’une triste réflexion, sa rêverie l’ayant empêché de constater la nouvelle atmosphère planant lourdement dans la pièce. Son ouïe si aiguisée n’entendait plus les mécaniques pas des androïdes, habituellement couverts pas les voix de l’écran, celui-ci par ailleurs en veille à présent. Quelque chose d’anormal émergeait doucement et l’esclave était à mille lieux d’imaginer ce qui allait suivre. Peut-être aurait-il compris ce qu’il se passait s’il avait connu autre chose que les murs de cet appartement, en l’occurrence ce n’était pas le cas et rien n’aurait pu le rassurer en ce moment. L’imprévu bouleversait les slaves, ce n’était que monnaie courante, puisqu’ils avaient façonnés ainsi, aussi n’y avait-il rien de surprenant à ce qu’Eden se sente soudainement angoissé. Son livre de nouveau fermé, il avait agrippé ses propres bras comme si le froid l’assaillait, adoptant une position à peine recroquevillée alors que rien encore n’avait surgi dans le salon. Eden n’osait pas rompre le silence, une peur irraisonnée de voir quelque chose lui bondir dessus s’il le faisait, les secondes lui semblèrent des minutes et ce fut avec un magistral sursaut qu’il affronta les violents flash bleutés. Ses mains fébriles lâchèrent l’ouvrage où il avait précédemment enfoncé ses ongles sous la tension imposée par l’effroi, celui-ci tomba sur sa quatrième de couverture dans un bruit feutré, laissant apparaître le titre aux dorures usées.

___Et malgré la terreur qui lui tordit les viscères, le jeune n’avait pas lâché un seul mot, tout restait éminemment bloqué en travers de sa gorge serrée d’un étau anxieux. Pourquoi plus rien ne répondait ? La formation de la sphère ne le rendit que plus nerveux, pourtant Eden ne s’était pas retourné, il observait tout via la vitre, apportant une note d’horreur à la scène. Une seule seconde de latence, et l’orbe lui fonça dessus, il creusa les reins dans un réflexe craintif et se mordit la lèvre, attendant après une douleur qui ne vint pas. Il n’avait jamais observé un tel phénomène, c’était totalement inédit pour lui, toute sa peau s’était hérissée d’horripilation, un frisson fouetta son échine et son cou, les paupières devinrent humides. Quelque chose, ou plutôt quelqu’un, de bien plus grand que lui se concrétisa dans son dos, et il continuait ainsi à détailler l’apparition par le seul reflet que lui offrait le verre. Eden était si crispé et tendu que des crampes s’invitèrent dans ses épaules dénudées, le mutant écarquilla progressivement ses grands yeux vert, forcé de lever le menton pour accrocher ses prunelles à celles du nouveau venu. Il ne reconnut pas l’homme dressé derrière lui quand bien même lui l’avait déjà entrevu, tout ce qu’il savait, à cet instant, était qu’un inconnu se trouvait dans la demeure de son maître, à une proximité indécente de son corps, et ses paroles prononcées, sur cette voix grave et pénétrante, ne firent rien pour arranger les choses. Son maître n’était pas là, personne n’aurait dû venir, personne ne devait le voir ici et connaître son existence. Eden n’avait toujours pas fait volte-face, il était d’une rigidité incroyable et ne parvenait pas à détacher ses yeux du jhacker, comme fasciné par la beauté indéniable de son visage austère. A part son maître, il n’avait jamais eu le loisir de détailler un homme de si près, même à travers une vitre, un charisme écrasant se dégageait de l’étranger, l’acculant totalement, ce fut comme si deux mâchoires glaciales l’avaient happé dans une étreinte de marbre, telle était la sensation qu’insinuaient ses iris bleu électrique en lui.

___L’esclave était partage entre l’envie de fuir et celle de tomber à terre pour s’y rouler en boule et espérer se faire oublier, mais aucun de ses membres ne lui répondait. La panique avait remplacé toute idée lucide, si son maître apprenait qu’il s’était laissé voir, si son maître apprenait qu’un homme, même holographique, avait été si près de lui ; il passerait les pires moments de sa vie et récolterait un châtiment digne de la taille de sa faute, même s’il ne l’avait pas provoquée, il y avait toujours bonne excuse pour punir un slave. Alors pourquoi ne cessait-il pas de le dévisager ? Les pulsations du slave s’intensifièrent nettement après un temps placide, ses pupilles dilatées de crainte, des tremblements s’emparant de lui ; il ressemblait à une petite proie piégée, un gibier pris en joue, le couteau sous sa gorge aux jugulaires battantes. Il semblait si fragile, si prêt à se briser en deux si on le bousculait un peu trop fort, à gémir à la moindre main levée. La tête bourdonnant de son pouls trop puissant, les veines gonflées sous sa peau dorée, une froide aiguille pénétra sa moelle épinière et il se cambra lentement sans quitter JackZ des yeux. Etait-ce vrai ? Il avait un dernier espoir d’avoir trop rêvé, que son esprit lésé se soit mis à délirer. Très lentement, Eden baissa le regard et commença à se retourner, quittant la vision moins nette de la vitre pour l’affronter directement maintenant. Il retraça la silhouette de bas en haut, s’horrifiant de découvrir la musculature du mâle, une gêne lui contracta l’estomac. Il heurta à nouveau, et avec beaucoup plus de violence psychologique, ses yeux bleus, les siens s’emplissant d’une angoisse irréfragable, un soubresaut le secoua et il retint une pathétique plainte.

___Cela pouvait paraître démesuré. Mais pas pour un malheureux slave. Pas pour quelqu’un qu’on gardait farouchement retranché du monde, sans défense. Eden était incapable de rester maître de ses émotions, et incapable d’expliquer la catastrophe venant d’être lâchée dans son salon, et dans son âme. Apeuré, le visage tiré d’un sentiment tourmenté, il voulait pourtant être sûr de ne pas devenir fou. Alors, dans des spasmes qu’il n’aurait su calmer, il porta ses fins doigts vers le responsable de son malaise, fixant plutôt ses épaules, approchant ses phalanges frémissantes de sa gorge. Il avait une arme, qu’il reconnut être un sabre japonais, renforçant son impression d’imaginaire ; Eden n’était qu’un enfant. Un enfant qui tremblait de tout son être. Lorsqu’enfin, le bout de ses phalanges effleura délicatement la courbure de son cou, Eden tressaillit remarquablement ; un froid irréel perça son épiderme, remontant le long de son mince bras en même temps qu’une électricité statique. Il l’avait traversé, traversé, oh mon dieu, que se passait-il ? Décontenancé, désarmé, le mutant recula brusquement, il se cogna fortement contre la vitre, si fort que l’impact ouvrit le collier désactivé, l’objet quittant son support et tombant entre leurs pieds.

___Profondément choqué, l’esclave arrondit les yeux, un drame imminent posé à-même le sol. Son collier. Il ne l’avait plus. Il était là, par terre. Pas une seule fois depuis son asservissement il ne l’avait quitté, c’était la première fois qu’il goûtait à la liberté de ne sentir aucun poids autour de lui, aucune laisse, aucune entrave physique. Mais il ne s’en réjouit aucunement, son air alarmé ne laissant planer aucun doute. Eden ne contrôlait rien, il ne comprenait rien, il n’était qu’un gamin en déprise, dont la stabilité mentale se dégradait. Son propre souffle devint laborieux à force de vouloir chasser des larmes venues tout de même surligner le bord de ses paupières, il était en train de craquer, on pouvait aisément le lire dans ses iris larmoyants, le percevoir dans sa respiration de plus en plus rapide, le deviner à ses jambes prêtes à fléchir, la détresse épousant chacun de ses mouvements saccadés. Eden se mit à genoux près du collier, et devant l’étranger, le ramassant, s’exprimant enfin ;

___« Vous—vous ne devriez pas, vous ne devriez pas, répéta t-il avec difficulté, être ici, si mon maître, si mon maître l’apprend—l’apprend, ses mots étaient entrecoupés par ses pitoyables sanglots, s’il—s’il voit que je n’ai pas mon—mon collier, s’il le voit, s’il le voit, pleura t-il avec douleur, des larmes s’écrasant sur le bijou de fortune. »
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JackZ Omega
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mar 26 Fév - 13:36

Freedom. Il y avait bien longtemps que le cyberspace avait cessé d’être une illusion consensuelle à grande échelle, dès le moment où les actions virtuelles acquirent un quelconque impact réel, ne serait-ce que sur le nombre de zéros qui s’alignaient dans le compte bancaire suite à une opération en immersion. Nombre de jhackers avaient une philosophie bien plus radicale encore et ne trouvaient de bonheur et d’intensité qu’une fois libérés de leur meatsuit. La prévention contre la désincarnation était faite depuis les centres scolaires et se poursuivait dans les high cursus et l’insistance était mise sur l’extériorisation de la réussite sociale, qui ne prenait de valeur et de sens qu’étalée dans le monde des affaires humaines et sur la place publique. Les ultrapolis étaient des sociétés éminemment hédonistes, basées sur un consumérisme d’exhibition. La réussite, le talent et les possessions se montraient. Le pouvoir matérialiste régnait à la manière d’un gun apposé sur la tempe : exercice brut de sa force, sans démonstration nécessaire. Il n’y avait peut-être bien que les connected, les accros de l’implant et des dermatrodes qui avaient dû démontrer leurs talents. Personne un tant soit peu bien intégré dans sa citoyenneté planétaire inaliénable n’aurait pris un jhacker au sérieux. Jusqu’à retrouver son compte vidé sans traces de transaction, la fournaise dans son salon, un froid hivernal dans la cuisine, des vitres électrochromes qui refusent de s’éclaircir et une domIA qui essaie d’assassiner son principal administrateur. Les choses étaient différentes aujourd’hui et les pirates, qui tenaient plus de la légende virtuelle que de la réalité reconnue et déclarée, comme tout danger sérieux, faisaient l’objet d’intérêts sous-culturels et mercantiles. Ils étaient les bad heroes des temps modernes aux cotés des supermutants, des cyborgs, des redzonards sanguinaires et avaient enfin acquis leurs galons de menace à la citoyenneté.

Mais JackZ n’avait pas le choix d’oublier qu’il possédait un corps. Ne serait-ce que l’héritage de WorldNxT qui l’attendait, momentanément en hiatus au vu des rapports dépictant sa condition mentale. Tant qu’il tenait les choses en ordre, aucun doyen du board ne pouvait lui faire de reproche, pas plus qu’il n’aurait pu être tenu responsable de l’avènement et l’expansion de la matière noire. Il y travaillait. Du moins, lorsque la matière noire ne le travaillait pas, lui. Si l’époque des victimes consentantes à l’hallucination collective de l’hyperweb était révolu, JackZ Omega était en avance sur son temps, esclave inconscient de la matière noire et d’une SuperIA qui en contrôlait minutieusement, mathématiquement-même l’expansion et dont les volitions processuelles entraient dans le champ d’une ontologie inédite et encore impensée.

Le technocrate dématérialisé aurait pu mener la tergiversion aussi loin qu’il l’aurait souhaité, n’en restait pas moins que cette chose fragile et précieuse qui lui faisait maintenant face ne correspondait à rien que son esprit libre soit en mesure d’accepter ni de tolérer. Du haut de sa stature en apesanteur, JackZ l’observait d’un regard médusé, focale bleu laser allant brutalement forer les émeraudes en contre bas et violer sans égard la détresse naïve du mutant. La sévérité de son expression n’avait d’égal que la consternation qui le frappait devant la crainte du jeune esclave. Que son apparition soit spectaculaire était une chose. Mais le terrassement quasiment animal du môme l’aurait presque rendu malade. N’était-il pas censé s’émerveiller ? Quel âge avait-il ? JackZ lui donnait dans les dix-huit ans, loin du compte et impossible, il le savait. Déjà, par ses souvenirs, ensuite à cause de cette mélancolie sans âge qui semblait s’être fossilisée dans les émeraudes du gosse. Il ne broncha pas à l’approche de la main tremblante, le laissant découvrir un phénomène du monde qui était étranger à la majorité de ses congénères libres. Holographier son propre simavi non loin d’un simulateur était une chose et nombreux étaient ceux qui s’branlaient la nouille sur la représentation de leur égo virtuel hypertrophié. Mais apparaitre dans une Am.i space à des centaines, des milliers et sans compter encore, de miles, c’était autre chose. Croisant les bras sous ses pecs il attendit patiemment le « contact », sachant pertinemment que lui ne sentirait que dalle, mais que la meatsuit face à lui se prendrait un coup de froid.

Mais il ne s’attendait certainement pas à une réaction aussi violente. « Rha… Oy ! » gronda-t-il interdit et témoin impuissant du choc du môme contre la vitre. Il n’avait su s’empêcher le réflexe stupide de tenter de le retenir et vit sa main se refermer sans succès dans le poignet du mutant. Y va quand même pas se mettre à chialer ? hu ? craignit-il emmerdé, focale suivant celle du mutant jusqu’au collier sur le sol. Penché sur le symbole de servitude, il apparaissait tel un cobra aux écailles brillantes, chevelure bleue ruisselante en une auréole argentée autour des épaules et prêt à plonger dans le luxueux parquet pour y disparaitre. Il releva le rayon laser de son regard jusqu’aux yeux liquides de l’esclave et l’anticipa d’un aride : « Don’t. Don’t fuckin'cry on me… argh », malheureusement trop tard. Il grimaça un sourire de malaise et se frotta machinalement la nuque.
Et devant le saccadé de mots sanglotés, la difficile expression secouée et la tragédie véritable qui se tramait derrière le masque d’effroi du gamin, JackZ comprit. Il comprit ce que les Vangelis et congénères esclavagistes kiffaient là-dedans.

L’innocence dans un écrin doré, l’innocence insalissable peu-importe les affronts et les abus qui lui étaient portés. L’innocence sur mesure. I feel sick. Jack soupira brusquement et s’il s’était trouvé en chair devant le mutant, les mèches blanches se seraient certainement mises à voleter sous la puissance de son souffle. « Tu l’remettras avant qu’il arrive. Arrête, » s’avança-t-il à ordonner, bien plus par agacement et embarras que par dédain de haut technocrate. « Look, on l’saura s’il rentre… » grommela-t-il en ramenant son avant-bras entre eux. L’impression surréaliste d’avoir fait pleurer un gosse le traversait tout en lui semblant déplacée. Car il n’y avait pourtant rien d’innocent dans la condition forcée sur cet esclave. Sous sa peau se mit à luire en filigrane un réseau bleuté typé circuit imprimé, simple représentation esthétique d’une commande que le jhacker aurait aussi bien pu exécuter sans aucune virtualisation. Un holoécran apparut au-dessus et afficha une schématique d’Am.i Space. JackZ traça sur son avant-bras à l’aide de son index et releva brièvement le visage vers la baie vitrée lorsque les verres électrochromes foncèrent jusqu’à s’opacifier puis réactiva les capteurs biométriques du système de sécurité physique. « Ils me sentiront pas, » expliqua-t-il plus pour lui-même que pour l’esclave. « There. Quand il sera dans le sas du hall, t’auras l’temps de tout remettre, got it? » Il parlait calmement, timbre grave s’élevant en haute résolution sonore, fidèle à lui-même dans ses meilleurs jours. Un bon moment, il crut que le môme allait lui claquer une crise cardiaque sous les yeux au point de se demander s’il n’aurait pas mieux fait de disparaitre aussi sec. Mais avec quel bordel ? Amaury n’était que trop avisé du genre de joujou qui se fabriquait à l’Encklimacy et pour cause c’était une filiale de WorldNxT qui avait été chargée d’intégrer les colliers du BSCR aux différents systèmes TSW de Kertapolis – Territorial Securities Watch. A l’époque, Lylan Vangelis était encore CEO et avait levé un gros partenariat entre la maison mère, WorldNxT et le Citizenship Security Department de la Pantocracy. Aussi, ne préférait-il pas conjecturer quant aux micro-armes paralysantes et autres joyeusetés que risquait de contenir le joli collier décoratif que voilà. Alors nope, se casser comme un connard n’était peut-être pas la meilleure chose à faire. Pas avec un mutant proche de l’hystérie.

Et quand bien même, il lui était difficile de détacher son regard du visage de l’esclave, en proie à une inconfortable fascination pour sa beauté et la détresse qui la broyait. JackZ bascula à l’horizontale sur l’avant, souplement et lentement, dans un mouvement cheshirien ne serait-ce le sourire de joker et le pelage félidé violet en moins. Le hakama blanc semblait suivre les courbes de son buste au mépris des lois de la physique et flottait dans une parallèle exacte aux flancs bétonnés qu’il dénudait. Omega croisa les avant-bras dans le vide comme s’il s’était appuyé sur quelque support invisible et s’y cala le menton, toujours face au mutant et plus prêt encore. Celui-ci ne pouvait plus reculer sauf à tenter de traverser la vitre ou bien déguerpir en le traversant lui, s'il l’osait sans risquer d'en sortir un peu plus traumatisé. JackZ aurait pu le remercier pour le tenir occupé, pour lui permettre d’oublier un instant la funeste raison diplomatique de sa venue et de prolonger sa plongée d'une maigre justification. Voler la dernière glace de Symtec-Lab était un jeu d’enfant et pourtant le jhacker prendrait tout son temps et trainerait, jusqu’à se laisser happer dans un gap à génération spontanée. Il savait quelle était sa came et que la liberté poursuivie était une addiction. Les prunelles bleues électriques flashaient et bombardaient les iris de jade humide, le regard plissé et distraitement calculateur, l'expression sévère parée d’un tour bêcheur. « Wo. T’as jamais été dans le cyberspace ? », demanda-t-il sur un ton tellement bas que les vibrations sonores tombèrent en infra. Il déplia un avant-bras et tendit la main devant le visage de l’esclave pour décrire un arc électrostatique avec trainée bleutée dans son sillage, comme pour s’assurer de son attention. Sa remarque était bien plus un constat qu’une interrogation véritable : « T’as déjà fait quoi que ce soit ou été fichu d’aller quelque part hors d’ici ?" Puis, montant le ton avec un brin d'entrain : « Tu veux voir un endroit cool ?» Il leva le sourcil en allongeant la face, craignant quelque peu les réactions du môme, plutôt intense dans son genre.

JackZ Omega, le jhacker technocrate et héritier de la plus grosse firme planétaire de l’hyperweb avait à son palmarès un nombre incalculable de brise-glace et de virus. Le dernier né aurait pu être baptisé Freedom.1.0, virus basique d’inoculation spirituelle brisant la glace du conditionnement pour tirailler la volonté et faire naitre le désir et la sédition dans le core du programme cible. Mais de cela, il n’en avait pas la moindre idée.

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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mer 27 Fév - 3:26


___Pleurer. Voici ce qu’était l’unique mécanisme de défense constituant la personne d’Eden Vangelis, s’il s’appelait vraiment ainsi. Il n’avait jamais su réagir qu’ainsi face à une situation qui le dépassait, lorsque son petit esprit de slave ne pouvait pas répondre autrement qu’en manifestant la détresse imminente qui le rongeait, autant dire que cela arrivait extrêmement souvent. Son maître n’aimait pas les larmes, du moins feignait-il de ne pas les apprécier, pour ensuite mieux les provoquer et punir la désobéissance avec un plaisir dont il ne se cachait jamais. C’était une véritable torture pour Eden de refouler ce qui lui montait très facilement aux yeux, pleurer était devenu synonyme de châtiment, un automatisme parfaitement intégré dans sa tête comme un chien aurait enregistré que le bruit des croquettes dans sa gamelle signifiait manger. Il n’y avait donc rien de surprenant à ce que sa panique n’en soit que décuplée, craignant après une correction imaginaire mais bien implantée dans ses instincts.

___Ses sanglots n’étaient pas bruyants, ils correspondaient plus à une lancinante plainte s’élevant faiblement dans l’air et un souffle tempéré par les pulsations effrayées de son cœur. C’était quelque chose de très délicat, qui n’agressait pas les tympans comme les pleurs suraigus d’un enfant capricieux ou d’une femme montant admirablement dans les octaves, quelque chose où tintait une malheureuse résignation, un insupportable abandon. La voix grave du jhacker le heurtait, elle résonnait en lui aussi bien qu’un écho de par son intensité naturelle, les mots remontèrent dans son être et il essayait bien malgré lui de les saisir. Ne pleure pas. Mais c’était bien quelque chose dont il était incapable. Il n’avait pas levé les yeux, de peur de perdre connaissance sous la puissance oculaire de son interlocuteur, mais, entre ses mèches blanches, il put apercevoir la crinière saphir de l’étranger et fut perturbé par tant de beauté en cet instant de profond désespoir. JackZ ressemblait à ces apparitions miraculeuses racontées dans les anciens écrits religieux qu’Eden avait dévorés avec fascination, il avait apporté la lumière, tout son corps irréel diffusait un halo presque réconfortant s’il n’avait pas été si imposant et musculeux. L’esclave s’interrogea alors, ce pouvait-être un ange ?

___Un ange. Oui, cela devait être ça. L’idée paraissait saugrenue, mais elle ne l’était pas tant pour un petit bout d’homme recroquevillé sur lui-même, aplati d’une crainte presque sainte. L’inconnu souffla si soudainement, que même si aucun air ne vint chatouiller sa peau, Eden sursauta et tomba sur les fesses, son dos ainsi collé contre la vitre. Une grande vague polaire l’assaillit, le verre plaqué contre ses épaules nues le faisant frissonner, percevant la froideur du mur à travers son fin débardeur de coton. C’était assez désagréable mais il n’y prêta pas garde, pliant ses jambes pour réfugier ses genoux contre son torse, entourant ses mollets de ses bras minces. Le mutant sanglotait toujours, ses larmes brûlaient ses joues, gouttant sur l’os de ses mâchoires, toujours aussi secoué de tremblements, tel un oisillon tombé du nid et tressaillit une fois encore lorsque le mâle plaça un bras entre leurs visages. C’était assez simple ; Eden réagissait d’un réflexe de soubresaut dès que JackZ faisait un mouvement un peu trop ample. Sa bouche contre le début de ses cuisses, il dévisagea curieusement ce qu’il lui montra et bien qu’il n’y décela pas grand chose, il comprit que l’étranger tentait de le rassurer. Pourquoi d’ailleurs ? Quelle importance y avait-il à calmer un misérable esclave de son acabit ? Pourquoi se fatiguer à lui expliquer ? Pourquoi ? Il n’avait de toute façon pas répliqué, ses pupilles dilatées mais pas moins vives suivant chacun de ses mouvements avec appréhension.

___Généralement, et dans la logique des choses, quand quelqu’un dont vous n’avez pas la moindre sombre connaissance apparaît subitement au beau milieu de votre salon, vous lui demandez, plus au moins aimablement, qui est-il et que vient-il faire chez vous, avant de sortir le neuf millimètres. Et aucune de ces deux questions n’effleura les pensées emmêlées du petit slave, il serrait son collier si fort dans sa main blessée que les lésions coagulées s’étaient rouvertes et tâchaient allègrement son bandage, dégoulinant sur son poignet. La seule interrogation qui subsistait, dans le peu de lucidité qu’il gardait, aurait pu être celle-ci : est-ce réel ? Il n’arrivait pas encore à se convaincre de la véracité de la scène et ce ne fut pas la nouvelle position de JackZ, ainsi flottant au-dessus du parquet, qui allait l’en persuader. La douleur de sa paume lui était très lointaine, de même que cette hémoglobine poisseuse qui coulait d’entre ses doigts contractés, Eden s’était finalement forcé à le fixer. Il détailla son regard pourfendeur, subjugué par la violence de ses iris, c’était comme s’immerger dans une mare d’azote liquide, et il ne cachait pas les frissons de froid que lui procurait cette vue acérée. L’harmonie de ses traits durs était d’autant plus étonnante que frappante, mais cette étrange partie osseuse intriguait le jeune homme, elle faisait partie intégrante de son visage, renforçait la fermeté de son expression, légèrement teintée de cette charmante insolence. Sa contemplation avait eu au moins le mérite d’apaiser ses sanglots, quelques larmes traçant un sillon transparent sur sa peau.

___Le cyberspace ? Un mot barbare à ses oreilles. Ses lèvres closes ne s’animèrent pas, il n’était pas certain qu’il aurait su articuler un traitre mot. L’immobilité d’Eden se brisa d’un nouveau tressaillement, la main du jhacker lui fit plutôt baisser les yeux de peur et de soumission. Il fouillait sa mémoire, en vain, pour trouver à la fois la signification du nouveau mot et un souvenir en dehors de ces murs étroits. Sans succès aucun. Mais sa dernière question le chamboula nettement, animant son faciès de surprise et d’incompréhension. Il ne pouvait pas tout simplement pas comprendre. Que voulait-il dire pas « voir » ? Qu’insinuait-il ? Eden était pris au dépourvu, le ton quasiment léger de ses paroles était à des années lumières de sa tension, son vocabulaire à des lieux de la discipline lexicale imposée par son maître. Toute cette nouveauté le laissait pantois, toute cette différence l’attirait, l’interrogation apeurée prenant petit à petit le pas sur la simple terreur.

___Lylian Vangelis avait peut-être fait une erreur en ne choisissant pas un simple d’esprit, les faibles et les limités ne se rebellaient pas. En revanche, l’intelligence, fuyait, s’échappait dès qu’on lui offrait sa chance. Une chance dont Eden n’avait jamais esquissé l’espoir, qui maintenant se présentait à lui, en l’apparition de cet ange inattendu, au-devant de son visage juvénile à l’air si doux mais si fragile. Les barreaux de sa cage prêts à plier, l’envie de connaître, le désir de sortir s’entrechoquant avec l’irrémédiable angoisse de l’inconnu, de l’interdit. Eden avait ancré ses prunelles dans les siennes avec un peu plus de conscience qu’auparavant. Il était inutile d’apporter la précision évidente que son maître refusait qu’il sorte, qu’il n’avait pas le droit d’aller ailleurs sauf ici, et encore, quelques pièces lui étaient fermement condamnées. Pour la première fois de sa vie, on donnait un choix à Eden. Pour la première fois de sa misérable existence, on lui tendait une main, on le considérait. Il lâcha ses jambes et se pencha légèrement en avant, le collier se déroba de sa paume ensanglantée alors qu’il réduisait craintivement la distance entre JackZ et lui. Ses yeux à peine rougis, simplement larmoyants, les longs cils noirs agrandissant considérablement leur profondeur, il articula d’une voix faible, un murmure épuisé :

« Êtes-vous réel ? »

___Ou n’es-tu que la matérialisation de son âme malade, JackZ ? Ses deux mains à plat contre le sol, le corps arqué, il soutenait ainsi son regard, perdu et hagard mais les pleurs taris. Le virus avait déjà pénétré ses chairs, infiltré son système nerveux et attaqué les remparts de son renoncement, de petites lueurs frêles luisant au fond de ses pupilles vacillantes, dansant au rythme d’un espoir vulnérable. Et alors, il demanda, de la façon la plus enfantine et pure qui soit :

« Êtes-vous … un ange ? »

___Il n’était jamais bon de briser les croyances d’un enfant.
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mer 27 Fév - 16:01


Mutant, esclave ou simavi, il était impossible de perdre l’humanité immanente au corps de chair. Impossible à moins de brûler sa dignité sur l’autel de la médecine, du vice ou de la technologie. Se désincarner pour vivre intégralement dans le cyberspace ne signifiait que deux choses : soit vous étiez un simavi fantôme sans en avoir la moindre idée et votre mémoire morte dériverait jusqu’à se compulser avec n’importe quelle information rencontrée pour devenir un infrog, soit vous êtiez dans une cuve, assistés d’une aide extérieure pour entretenir votre corps branché à chaque orifice. Ce qui avait toujours été fondamentalement répugnant aux yeux d’Amaury, car il en avait vu, des immergés perpétuels. Mais avec le temps, l’esprit se fasait à toute idée et c’est en cette faculté que résidait la part la plus sombre de l’humanité : tout était possible, toute condition finissait par être acceptée et la condition humaine ne trouvait sa résolution qu’en un simple parangon, celui de la banalité du mal ; le mal dans toute sa plus simple radicalité. Retirer le corps. Retirer le droit du corps et ainsi naissaient esclaves, mutants et mémoires fantômes. Ces derniers se retrouvaient vengés par la prise de contrôle des A.I et l’étendue de la matière noire, les mutants se soulevaient lentement pour l’accès à la citoyenneté et les esclaves… Les derniers resteraient les derniers.

Amaury Carlisle devait l’état de sa meatsuit à JackZ Omega. JackZ refusait de ne pas avoir de refuge en dehors du cyberspace, aussi aliéné dût-il se trouver lorsqu’il évoluait parmi les incarnés. C’était le seul endroit où il pouvait échapper à la matière noire et à l’Alpha et il la/le/it/hen fuyait toujours dans un mélange de terreur et de désir mêlé. Sa démence n’était peut-être qu’une protection psychique contre la tentation de la fin ? Lucide, Amaury devait supporter une implacable tristesse, un manque tonitruant et une incomplétude qui se rappelait à lui comme autant de lames acérées et hurlantes ravageant le corps et le cœur. La sensation mentale, percept sans objet tangible, selon laquelle le réel n’était pas réel se contrebalançait souvent par la douleur, cette doubleur diffuse refusant à se laisser exprimer et localiser tout en ayant au moins le mérite de le ramener sur terre. Rester occupé. Les occupations et les obligations n’étaient pas ce qui lui manquait. Dans le cyberspace.

Les routines de sa réflexion se mirent à tourner en arrière-plan à la vitesse de croisière dès le moment où la proposition avait été faite : trop conscient de devoir isoler et sécuriser l’accès de l’esclave à la matrice, crypter la création de son simavi et toute information relative à l’eADN que la plongée créerait et délivrerait automatiquement. Il devrait intercepter le phantom virtuel du mutant au moment même de sa génération. Rien ni personne ne devait savoir qu’un point de login était apparu dans l’espace de coordonnées attenantes au loft de Vangelis. Les gamers et les sliders ne se doutaient pas du fric qu’ils engendraient rien qu’en générant un simavi ; c’était autant d’ADN data listées, récupérées et vendues aux Cyber-entreprises charognardes qui présentaient ensuite les échantillons d’eADN retraduits aux sociétés pharmaco et labo étrangers à moindre capitaux. Un eADN de mutant, car nul doute que l’anomalie serait notifiée à grands renforts d’alertes, valait très cher. C’était en quelque sorte de l’espionnage industriel par le biais du CS et le principe de Finalité et de Singularité du citoyen ne semblait pas faire loi dans la matrice. Mais il n’existait pas de sécurité plus grande que d’être supervisé par Amaury Carlisle dans le cyberspace. C’était son royaume. Excepté… Alpha. Nay. Don’t come for me. Not this time.

Les réactions vives et craintives de l’esclave illustraient parfaitement la condition et l’état d’isolement du gosse et JackZ en était de plus en plus désarçonné, aiguillé par la frustration de se trouver sur un autre plan et de ne rien pouvoir « faire », ne serait-ce que de prendre la main mouchetée de sang dans la sienne et tenter de l’apaiser. La question qu’il obtient pour toute réponse le fit fermer les yeux et un pli de contrariété se dessina sur son front, demi-sourire tordu tiquant d’exaspération. Son timbre rauque et déconcerté sonna pour lui-même : « I guess no. » avant qu’il ne bascule à nouveau de sorte à s’installer en tailleur devant le môme. Mouvement immatériel et fluide laissant une trainée de particules bleues, effet programmé et choisi. Il était quasiment assis au niveau du sol, ses larges épaules rentrées et le dos vouté afin de ne pas paraitre trop immense, poignée du sabre voilée par les vagues d’argent bleuté. Il rouvrit les yeux sans que ses commissures ne se soient relaxées de l’expression méchamment médusée et l’observa un bon moment encore avant de répondre. L’esclave avait l’air sacrément ignorant du monde et c’était peut-être bien ça le plus effrayant. Tout ce qu’il pourrait faire ou dire risquait d’être avalé comptant et imprimé par l’môme sans que rien ne vienne jamais le détromper. Cette réalisation lui balança un coup aux tripes.

Quelque part en Redzone à moins de deux mille miles de là, la meatsuit de Carlisle se tendit et accusa un soubresaut. Rain était rentrée et avait pris la relève dans la salle de plongée, reconnaissant les symptômes d’une sale régurgitation. « Et bah, comme un débutant ! » s’exclama-t-elle non sans sourire avant de lui incliner la tête sur le côté juste à temps pour qu’il gerbe. Mais elle était inquiète. Ça n’était pas comme si JackZ Omega pouvait être victime du mal de plongée, lui qui était quasiment né dans la matrice.

L’énergie bleue brûlait en continu dans ses prunelles nébuleuses, instant de battement passé et décision prise : il ne lui dirait ni la vérité ni ne lui mentirait. Un ange ? Gad. If Hell was in cyberspace, I’d be da fuckin’King. Il inclina la tête et plissa les yeux en grondant sourdement et une aile noire d’une envergure de trois mètre se déplia dans son dos en un bruissement de plumes, achevant son déploiement d’un claquement sec et chatoyant. Easy. Il pouvait prendre autant de forme qu’il le souhaitait mais cela ne lui était d’aucune espèce d’utilité. Sinon cette fois précise et pour le mutant dont il ne connaissait pas même le prénom. Il voulait voir ce visage s’illuminer et sourire, peinant à concevoir comment quiconque puisse souhaiter le contraire. Vangelis, u prick, ragea-t-il sombrement, prenant garde cette fois à ne pas « penser » tout haut. Mais valait-il mieux ? Montrerait-il un coin de liberté à cette tête innocente pour le laisser retourner ensuite dans sa routine à jamais fissurée ? Le noir de jais brillant du plumage se dématérialisa lentement jusqu’à devenir translucide et disparaitre. « On peut dire ça », répondit-il alors en bêchant d’une moue dubitative. « Faut que tu m’rejoignes, tant qu’on est pas sur le même plan, je peux rien te montrer. Laisse-moi trouver un simulateur. » Il parlait bassement et nonchalamment, son intonation désinvolte, loin des canons de la technocratie et pour cause, la sémiosis était une langue babylonienne qui marquait irrémédiablement l’aire de Broca. Pas de tour de passepasse cette fois-ci, JackZ se contenta de scanner le loft, une schématique vivace défilant sur ses iris tandis qu’il passait au crible tous les terminaux reliés à l’Am.i Space, au LIFI et à l’hyperweb, qu’ils soit en veille ou éteints et totalement débranchés. Ils répondraient : tout objet dégageait spontanément un rayonnement magnétique dont la longueur d’onde était aisément lisible. En plein milieu de l’Am.I, JackZ avait suffisamment de capteurs à sa merci. « Si ton maître n’en a pas, j’veux bien rester coincé dans le meatspace jusqu’à la fin de mes jours… », se moqua-t-il sans crainte avant de se fendre d’un rictus crâne: « Un putain d’arc-en-ciel ouais… Captcha. »

Le simavi de Carlisle se releva et torpilla au travers du loft sans s’embarrasser des murs. Plusieurs chuintements de déverrouillage magnétique retentirent après son passage, bien que trop faibles pour que l’esclave, localisé à une cinquantaine de mètres, ne les perçoive. Mais c’était sans compter la teneur de sa mutation. Le timbre grave et absorbé d’Omega retentit dans les HP du loft en une imitation railleuse de publicités : « Modèle dernier cri, Shinjukien et homologué WNxT ; y’a mêmes des trodes toutes neuves sous vide. Aouh ! wireless. » Puis le silence, aucun grésillement n’émanant du système-son à la pointe de l’acoustique en la matière, jusqu’à ce que le simavi ne réapparaisse dans la vaste pièce principale, flottant et en attente: « Hey ! Viens ! ». JackZ fit quelques tours de périmètre en virevoltant librement, comme pris d’une imbittable bougeotte et donna crument ses instructions. « Tu verras, c’est un tout petit simulateur, tu t’allonges sur la banquette, la tête du coté ; et prévois un sachet. T’risques de dégueuler la première fois. » Il tournoya encore et fonça dans le loft pour faire quelques apparitions et guider l’esclave jusqu’à la bibliothèque contenant un nombre miraculeux d’ouvrages anciens, en papier. Les « meubles » étaient encastrés dans les murs, en continuité lisse et les compartiments n’étaient pas visibles à l’œil nu. Fallait connaitre leur présence. Une tablette plate avait surgit d’une paroi plaquée de chrome noir et tronait au dessus le minusculte simul homologué et les dermatrodes flambant neuves.JackZ se tenait nonchalamment à coté, accoudé de dos à quelque comptoir invisible, les pieds sur un tabouret non moins invisible et flottant. Il fit apparaitre un holoécran - celui de la pièce - et en une fraction de seconde se lança une vidéo de consignes abrégées illustrant la pose des dermatrodes. « Je te choppe dès que tu plonges, baby », feula-t-il gravement en affichant un sourire de joker, bleu plasma pulsant de ses iris tels deux étoiles à neutrons.


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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Jeu 28 Fév - 0:02



___Décrypter l’expression de quelqu’un n’était jamais quelque chose d’aisée, pour peu qu’elle soit enduite d’une belle couche d’hypocrisie ou d’impassibilité. Eden connaissait chaque air emprunté par son maître, et pas une seule fois il ne voulait dire la même chose ni ne s’appliquait à une situation donnée. Il pouvait tout aussi bien sourire étrangement pendant qu’il faisait sèchement claquer une lanière de cuir sur l’intérieur de sa cuisse, ou bien plisser les yeux de mécontentement lorsque la petite bouche du slave ne s’appliquait pas assez bien à son goût d’aristocrate, et l’on pouvait tout à fait inverser les tendances. Non, malgré ses six longues années d’asservissement, Eden ne connaissait de son maître que ses zones érogènes, et encore se faisait-il taper sur les doigts lorsqu’il se permettait de faillir à ce sujet. Jamais il n’avait deviné, une seule fois, quelles vicieuses pensées avaient traversé l’esprit de Lylian. Il en était de même face à cet homme, dont les changements faciaux semblaient témoigner à la fois de l’agacement et de l’affliction. Eden n’aurait pas osé interpréter quelque chose qu’il jugeait être bien trop subtil pour lui. Sa réponse le perturba un peu plus, ce qui lui fit légèrement pencher la tête sur le côté, comme s’il tentait de déceler ce qui aurait pu être nécessaire à sa compréhension et qu’il avait manqué. Mais malgré toute sa bonne volonté, le mutant se rendait bien compte de son ignorance et il ne doutait pas un seul moment que son interlocuteur aussi. Un silence pesant s’installa et il baissa les yeux sous le regard tranchant du jhacker, peut-être qu’il était en train de se dire qu’il ne valait pas la peine qu’on lui parle, qu’on ne pouvait rien attendre d’un esclave. Mais, et s’il n’était pas réel, alors qu’était-il ? Eden n’eut pas vraiment le temps de se pencher sur la question, un faible son étouffé attirant de nouveau son attention.

___Ce maître, ce collier, cette servitude. Tout cela était très loin, comme balayé à l’instant-même où l’apparition déploya une longue aile sombre, chassant de ce seul mouvement ces idées culpabilisatrices et malsaines. Ses orbes d’émeraude s’étaient très lentement détachés des siens, suivant la courbe du membre articulé d’où se détachaient quelques plumes d’ébène qu’il aurait voulu saisir si elles avaient été réelles. Emerveillement était le mot parfait pour décrire le sentiment envahissant ses prunelles innocentes, il n’aurait pas cru un jour assister à tel phénomène, voir ce qu’il ne pouvait que lire et rêver durant de ses tristes nuits. Sans pouvoir s’arracher à sa contemplation, il en aurait pleuré d’émotion s’il n’avait pas été si stupéfait, la gorge serrée et le cœur lourd. C’était incorporel, il le savait, pourtant sa main le démangeait, il aurait voulu la tendre, caresser les plumes soyeuses et frémissantes, refermer ses doigts dans les barbes noires pour en sentir toute la douceur ; il se serait blotti contre cette aile chaude et rassurante, s’il avait pu. Sans le savoir, JackZ avait matérialisé un de ses rêves, symbolisé cette aspiration à la liberté, ce désir viscéral de … mourir.

___Mourir. Puisqu’il n’y avait pas d’avenir pour lui, car le monde était trop cruel pour son cœur chétif. Mourir était une volonté qu’Eden avait refoulée, à laquelle il n’avait jamais pensé véritablement jusqu’à ce le géant bleu n’apparaisse et vienne saccager tout son parfait formatage spirituel. Une tristesse palpable pressa son sternum, il se mordit la lippe sous cette nouvelle douleur, celle-ci augmentant proportionnellement à la disparition de l’aile, qu’il admira avec un pincement dans l’âme. La connaissance faisait souffrir, se découvrir soi-même en faisait partie. Un esclave n’avait aucun droit ni de vie ni de mort, il naissait pour servir, mourrait en servant. Alors quoi, maintenant ? Eden jeta un coup d’œil à son collier, délaissé sur le livre, et plus que jamais la certitude que la seule issue de son existence était la mort, s’imposa à lui. La voix de l’ange le tira de sa morbidité, il le considéra timidement du regard, et à force d’observer sa silhouette lumineuse et de boire ses paroles, son nom lui vint comme une certitude ; Sirius.

___Oui. Ca serait son nom, pour l’étoile la plus brillante qu’il n’ait jamais connue jusqu’à alors. Son étoile. Eden n’avait pas en tête le titre du roman où il avait appris que l’Alpha Canis Majoris était, après le soleil, l’astre diffusant le plus de lumière vue de la Terre. Et plus il regardait le jhacker, plus il détaillait ses yeux fixes et désarmants, puis il remarqua que son visage à la fierté si caractéristique lui rappelait celui d'un loup. Un mâle alpha. Il ne comprit évidemment pas lorsqu’il parla de le « rejoindre » mais, soit, il ne s’y opposait pas ; et quand bien même, Eden n’était pas sûr de savoir refuser tiers chose à quelqu’un, en l’occurrence, il éprouvait une envie honteuse de lui obéir, qu’il dissimulait à merveille derrière son masque craintif. Sans d’abord réagir, Eden suivit ses gestes de deux yeux écarquillés, pris de court par son entrain. L’ouïe sensible du slave capta malgré elle divers sons pour le moins étranges mais il s’abstint de tout commentaire, ramassant plutôt son livre ainsi que son collier, laissant traîner sa vision hagarde sur les deux objets pendant que Sirius filait par-delà les murs du salon. Peut-être qu’il venait le tuer, tuer sa pathétique personne qui n’eût jamais vraiment existé, au fond, le mot « rejoindre » prenait alors tout son sens. Pris d’une intense tristesse, Eden serra l’ouvrage contre lui, tremblant quelque peu ; il ne savait pas s’il était prêt à mourir. Il leva la tête à l’imitation narquoise, tous ces noms sauvages lui étant familiers sans qu’il ne parvienne à y coller une image ou une fonction.

___Sirius réapparut, il sursauta à peine, bousculé par son impatience. Prenant appui contre la baie vitrée, il se redressa fébrilement, s’assurant d’abord que ses jambes allaient le soutenir avant d’oser marcher. Plus il approchait de la bibliothèque, plus Eden sentait un poids lui écraser les épaules, le faisant parfois hésiter en plein milieu de son chemin. Mais qu’est-ce qu’il était en train de faire ? Sa place n’était pas ici, il aurait dû tourner les talons et s’enfuir dans sa chambre, oublier tout ce qu’il venait de voir, réintégrer sa condition d’esclave sans problèmes existentiels. Mais il était malheureusement trop tard pour faire machine arrière, l’ange l’avait poussé au bord d’un précipice, il ne suffisait plus que d’un grand coup pour le faire basculer définitivement. Eden suivit tout de même ses conseils, faute de sachet il avait pris une petite bassine, ainsi que des compresses pour soigner sa main avant de partir ; un réflexe stupide s’il devait mourir. Le blanc franchit le seuil de la bibliothèque, déposant ses affaires sur la table basse devant la banquette, strictement silencieux, seuls ses yeux pouvaient trahir son appréhension. Sans broncher, il enregistra les consignes dictées par l’écran, pas même indisposé par le surnom familier de Sirius ; il avait vite compris que c’était sa façon de parler. Après avoir refait son pansement, ce fut au prix d’un effort incalculable que le mutant se décida à avancer près de la tablette, s’emparant des dermatrodes et du simulateur, revenant vers le sofa pour s’y asseoir lentement. Le jeune homme fixa de manière appuyée les trodes disposées dans sa main, pris d’un nouveau doute, tout cela était totalement fou, il ne savait même pas où il allait, à quoi cela le mènerait-il.

___Devenir quelqu’un. Il fallait en payer le prix. Eden avait connu tant de méchanceté qu’il lui était aujourd’hui difficile de concevoir qu’on puisse lui montrer autre chose que de la condescendante pitié, il ne lisait rien de ça dans les bels iris électriques de Sirius ; c’est ce qui le motiva à placer les trodes une à une aux endroits stratégiques, ne lâchant pas son regard alors que le sien recommençait à s’humidifier de peur, il redoutait la douleur, naïvement, mais il n’osa pas lui demander si cela faisait mal. Il craignait d’avoir atteint le point de non-retour sur l’étroit fil de sa vie. Je t’en prie, ne me fais pas souffrir, implora t-il avec désespoir pour lui-même. Ange qui avait offert tant de lumière et d’espoirs à cet être de verre, donné un semblant de vie à cette poupée de chair, en si peu de temps. Sirius, ne lâche pas cette main froidie d’une existence méprisée, n’ignore par ces prunelles larmoyant d’une fêlure mentale irréversible, qui se ferment sur des larmes extériorisant la blessure de son âme aux abois, sanguinolente.

___Son cœur allait sortir de son thorax si ce n’était pas par ses lèvres, il haletait déjà de panique, s’allongeant dans des spasmes incontrôlables. Le simulateur dans une main, il n’appuya pas encore, se sentant glacé jusqu’à l’os comme si la mort l’avait prématurément envahi de son implacable rigidité cadavérique. Une migraine atroce lui scinda la tête, il rouvrit ses yeux verts, d’épais sillons argentés sur ses tempes, s’égarant dans ses mèches pâles. Eden entrouvrit ses lèvres, prononçant dans un sanglot maigrement retint ;

___« J’ai peur, il tourna totalement la tête vers Sirius, la main contractée sur le boîtier, les veines saillantes. M’abandonnez pas … » gémit t-il avant de souffler une plainte, scellant son sort en pressant le simulateur.

___Il était paradoxal de constater qu’Eden connaîtrait la liberté dans une cage matricielle, renaîtrait dans un monde illusoire. La sensation qui le frappa fut si violente qu’il crut tout d’abord qu’on lui arrachait l’esprit du corps, que l’intégralité de son lui se brisait en une infinité de morceaux brûlants, le choc fit remonter des réminiscences imprévues, l’agressant et le broyant d’un flot d’émotions aussi contradictoires que furieuses. « Maman, où je vais ? Maman ? MAMAN ! » La porte grande ouverte. « Où est-ce qu’il l’emmène ? Eden ! » Les regards interloqués de deux grands-frères, incapables d’intervenir. « EDEN ! » Les ongles enfoncés dans l’encadrement usé. « MAMAN NE ME LAISSE PAS ! » Les mêmes pleurs, les mêmes cris. Tout était confus et sourd, il voulait hurler de souffrances, se débattre, l’impression de se noyer, d’agoniser sous une masse incroyablement lourde sans que ses os ne rompent.

    Et il ouvrit les yeux.

    Eden Vangelis était bien mort, le virus inoculé par JackZ Omega l’avait tué.
    Plus rien n’aurait, non jamais, la même saveur qu’avant.
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Ven 1 Mar - 12:57


C’est en précepteur observateur qu’Amaury Carlisle hochait la tête devant les gestes du néophyte, bien conscient de la peur palpable qui semblait s’épandre dans le réseau dense de l’Am.i Space local comme autant de qualia tangibles et volatiles. JackZ imagina un instant la matérialisation d’exocortices autour du mutant. Mais il n’y avait rien de tel et le jhacker savait pertinemment que la sémiosis lui faisait ressentir les choses ainsi ; pensée perceptuelle et sensation intellectuelle et autant d’unités de sens et de sensations tout en un, sèmes et qualias mesurés, dosés et bombardés tout droit dans le néocortex. Aussi aurait-il pu prévoir et se verrouiller pour ce qui adviendrait, mais non, Omega était tout bonnement fasciné au fait d’assister à la naissance d’un simavi. Il en avait pourtant suffisamment vus, lors même que le mutant n’était pas même né en corps de chair. Mais les aspirants à la matrice avaient tous un profil de base défini auquel rien de ce qu’il ne voyait en l’esclave ne correspondait.

Cette peur irrationnelle en premier lieu. Le sourire bright était toujours affiché sur son visage, tellement brillant que sa dentition parfaite semblait elle aussi être bleuté et ce, tandis qu’un doute d’ordre métaphysique le taraudait. Et si cet esclave était le seul à comprendre véritablement ce que représentait de cyberspace ? Car ce n’était que d’une idée qu’il avait peur et qui le faisait trembler. Mais qu’était le cyberspace sinon un éidos global et perfectionné, un εἶδος à l’accès inégal et limité en fonction des capacités des sliders et des jhackers et donc de leur apperception dans le cyberspace ? C’était à tort que l’on appelait un simavi « simulacre », à tort, la conception d’ eidôlon et Platon en serait horrifié. Tout était « forme » dans la matrice, même les sensations. L’idée pouvait alors tuer. La somatisation n’en était qu’un exemple, le burn out en était l’expression et comble du comble, les simavis fantômes qui en résultaient auraient pu correspondre aux « âmes », si elles n’étaient qu’un ramassis de mémoire mortes. Une impression de comique envahit JackZ : so what. that won’t change my life.

Mais celle du môme en serait certainement changée ; alors il s’éleva de l’assise invisible et vint flotter au-dessus du néophyte, le voile bleuté de sa chevelure virevoltant lentement autour de ses épaules. L’étendue de son corps immatériel vint entièrement recouvrir celui de l’esclave. « N’aies pas peur. Told you. Je suis là », tenta-t-il de le rassurer, la voix basse et vibrante. Il ne servait à rien de lui expliquer que le stress ne rendait pas vraiment l’expérience du plongeon idéale lorsque le cerveau, submergé d’hormones, réagissant sympathiquement en rappelant au corps la présence de neurones dans les tripes. Ça n’était pas ce que l’gamin avait besoin d’entendre. Un enfant de plus de vingt ans, très certainement mais JackZ avait toujours l’impression d’avoir 3.16 gigasecondes d’avance sur son temps - soit dit, un siècle - la rencontre dans la matière noire ayant manqué de peu de lui dépigmenter complètement les cheveux. Il grommela, sourire flageolant lorsque le rayon laser de sa focale se fit happer par les grands yeux émeraudes liquides du mutant. L’abandonner ? Il déglutit avant de feuler rauquement : « I won’t. » Pas tout de suite du moins.

Mais après ? Holy crap JackZ, tu vas le laisser retourner à sa routine ? Ney. Lui permettre d’utilis—Fuck. Même en cryptant son point d’login ou en l’fixant sur un autre Land, il ne pourra pas chaparder le sim à…. » Omega n’eut pas le temps d’achever sa réflexion, la veille en arrière-plan décela le simavi en formation et entama le process de liaison. Tel était le plan, lier son simavi à celui de l’esclave et réaliser une symétrie, eADN du néophyte fondu et transcodé dans celui du jhacker. La liaison était une opération monstrueuse dans ses ratés et garantissait le cas échéant un effet d’oppression et de malaise insoutenable des deux côtés. Omega avait à son actif un palmarès mirobolant de réussites, première tentative catastrophique quinze ans plus tôt. Et s’il eut grandement le temps de se rôder – y compris dans un genre tout autre de situation qui en appelait à un dispositif très proche… - L’appréhension de se foirer était toujours présente comme gage d’attention.

La nébuleuse de l’EZ et le chatoiement des supernovæ qui virtualisaient les plus importants Am.I spaces, pesait d’une lourdeur magnétique et s’expansait à perte de vue. Le réseau de transition, l’espace en constant mouvement, atmosphère dense et sans odeur sinon les effluves corporelles reproduites avec la génération de l’eidôlon. Bleu forêt faisait sens à l’olfaction, ici seulement. Le cyberspace, le lieu de tous les possibles, mort y compris. Un orbe bleu irradiant se matérialisa autour d’Omega au moment où ses bras se refermaient à la taille du mutant, le ceinturant dès son login programmé pour lui « tomber » dessus. En apesanteur légère, il s’était d’emblée situé derrière lui, mais cela ne revêtait d’aucune espèce d’importance et ils ne sauraient tous deux échapper au déferlement de picotements qui les traversèrent, JackZ pestant en sémiosis, seule manière de laisser son être entier accuser le process. La liaison s’opérait et la réponse de son simavi provoqua un retour de fourmillement fulgurant depuis la zone de contact « physique. »

Alors qu’il finalisait, les qualias perceptifs de l'escalve se coulèrent en lui et JackZ ressentit la totale de ses percepts mnésiques. L’abandon, le départ. Eden. So that’s the boy’s name ? s’interrogea-t-il en un vague relent de culpabilité sans objet. La pensée dut aussitôt traverser l’esclave en sèmes et qualias, suivit d’un juron, forcément. Pouvait jamais être sûr, ça n’était pas vraiment de la mémoire, mais un contenu immédiat et spontané, une sorte de cri primal de sa venue au cyberspace alors l’môme pouvait tout aussi bien calquer le nom que lui donna Vangelis avec son nom de naissance. Mais ce dont le jhacker ne doutait pas, c’était de l’angoisse incommensurable qui tenait lieu de tonalité fondamentale à Eden, l’ayant éprouvé un bref instant avant de couper l’empathie inhérente à la liaison. Omega s’était spontanément verrouillé de son coté. Heureusement. Son empreinte psychique aurait de quoi rendre un adulte équilibré parfaitement dingue. Alors un jeune mutant psychologiquement malmené, il n’y pensa pas même.

« Je te tiens. Ferme les yeux. » murmurra-t-il, le timbre frais et métallique en dépit de la vibrance grave qui résonna dans son coffre. Ses bras musculeux se resserrèrent autour du buste du néophyte et il affirma son étreinte en le rehaussant contre lui. Le bruit était un souffle marin, marin et bleu forêt, à l’abri de l’orbe, loin de l’éblouissante lumière de la map. Ils s’élevèrent avant que JackZ ne torpille à une vitesse éclair jusqu’à la désintégration de leur simavi et un froid étrange devait alors les transporter, laissant à nouveau éclore les picotements de mille aiguilles inoffensives « dans » leur corps ; le jhacker ressentit les bulles lui remonter allègrement dans le dos. L’iridescence de l’orbe devint blanche, blanche comme le saut qu’ils firent pour réapparaitre dans un land protégé et entièrement simulé, dans l’une des parcels d’Omega.

Sans grande surprise, un ciel de nuit sans étoiles régnait et l’ile était éclairée par une végétation folle et psychédélique. De hautes inflorescences multiples et phosphorescentes s’érigeaient fièrement parmi des épaisseurs de feuilles ovoïdes, prosternées pour délivrer leur faible lueur violine. Le tout s’étendait aux pieds de dragonniers aux couleurs plus improbables encore et à y regarder de plus près, il semblait que les nuances irisées glissaient sur la matière, évoluant au rythme d’une lenteur quasi minérale en reconfigurant les décors de l’endroit sans ne jamais s’éloigner des tons principaux. Ce n’était qu’un construct biovirtuel et l’empreinte de JackZ était partout, depuis les teintes jusqu’à cette fraiche odeur boisée qui le caractérisait ici.

L’orbe devint de plus en plus translucide et JackZ atterrit aux abords de l’eau couleur de nuit sans qu’il fut possible de distinguer l’horizon du ciel de celui de la mer. Il s’assit dans le sable sans adhérence, jambes tranquillement repliées faisant toujours office de barrage à l’esclave et relaxa ses bras pour libérer précautionneusement le corps jusqu’alors serré. Eden était enveloppé dans un drapé blanc qui lui couvrait le haut des cuisses, la moitié du torse et une épaule, néo-antique : JackZ lui avait épargné la génération de « tenue » aléatoire offerte dans le login. Le timbre de sa voix s’éleva en résonnant d’une acoustique neuve, échos léger programmé pour ne pas lasser entendre le néant qui entourait l’endroit : « Fait gaffe, t’es plus léger là-dedans, ‘fin, tu vas vite capter. » Il s’envoya en arrière et se réceptionna sur les coudes, offrant un instant son visage à la brise légère qui se mit aussitôt à faire bruire la flore, puis se laissa platement tomber dans le sable et les plantes, matière se déformant avec révérence pour laisser place à son simavi. « C’est protégé ici, tu risques rien. Okay, okay, ça fait baisodrome, certes, mais c’en est pas un, promis », lâcha-t-il naturellement avant de se marrer en pensant aux parcels qu’il considérait effectivement comme telles. Inutile de dire que le cyberspace offrait du divertissement de choix.


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Dernière édition par JackZ Omega le Sam 2 Mar - 11:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Sam 2 Mar - 3:03


___Réminiscence d’un passé oublié ou bien simple déformation, Eden fut tout de même bouleversé par ce qu’il avait réussi à entrevoir dans le choc de sa première plongée. Malgré son nouvel environnement, ses rétines demeuraient imprégnées des mêmes images, des mêmes flahs entrecoupés de cris et de pleurs d’enfant. Le monde s’était mis à tourner sur le mauvais axe terrestre, balançant son cœur peu habitué à de telles sensations, son meatsuit frôlant la régurgitation immédiate. Il se sentait mal et englouti sous des tonnes et des tonnes de données dont il n’avait, strictement, pas la moindre connaissance, pas même une seule d’entre elles. D’ailleurs, il n’aurait su dire dans quoi il s’était immergé ni où il se trouvait maintenant. Ouvrir les yeux lui fit quitter la protection obscure parant ses iris verts, et l’incandescence des orbes l’agressa si fort qu’il dût les plisser dans un réflexe douloureux, la luminosité lui semblait le mettre totalement à nu, lui qui avait l’habitude de rester dans les ténèbres de sa chambre et fréquenter les ambiances tamisées. En quelques secondes seulement, une terreur innommable le frappa, et si Sirius lui avait menti ? Eden n’eut pas le temps de poursuivre, car sa panique devint subitement surprise lorsque deux bras massifs se refermèrent sur sa taille étroite. Le jeune homme pencha légèrement la tête en arrière, entrevoyant quelques mèches bleutées et n’eut aucune peine à reconnaître son ange. Les frissons qui le submergèrent ne furent rien en comparaison à cette émotion délicieusement violente s’insinuant dans ses entrailles, personne d’autre à part Lylian ne l’avait jamais touché, et bien que le cyberspace n’offrait pas la même pouvoir qu’un contact réel et que celui-ci était plus une question de nécessité que d’affection, Eden ne se souvint pas avoir été enlacé d’une telle manière et c’était sans nul doute le plus beau geste qu’il eût reçu de sa pauvre vie. Les frémissements becquetant son échine et son abdomen le firent se tendre à peine dans l’étreinte serrée, des pensées étrangères aux siennes parasitant le fil instable de sa réflexion, pas longtemps puisqu’après un blasphème caractéristique de Sirius, il ne perçut plus rien mis à part l’écho de sa propre voix dans sa crâne.

___Il ne se doutait en rien de tous les efforts que devaient déployer le jhacker pour sécuriser son immersion, et mieux valait-il qu’il ne le sache pas. Eden posa ses mains sur les avant-bras ceignant son corps, échappant un gémissement soupiré alors qu’il durcit sa prise, docile et abaissant ses paupières sur ses globes oculaires malmenés. Aveugle, tout était amplifié en terme de perception, il ne comprit pas bien ce qu’il se passait mais préféra conserver la position. Il devina qu’ils avaient quitté la lumière car elle ne venait plus taper la membrane fine de ses prunelles, Eden n’avait rien dit jusqu’à alors, son silence manifestant une nervosité tout sauf discrète. Toujours prisonnier de l’enlacement du loup, il n’avait pas encore osé ouvrir les yeux et ne le fit que quand il sentit la pression se relâcher lentement. Aussitôt, la totalité des sens de l’esclave fut assaillie, aucun n’étant épargné si bien qu’il était étourdi par tant de choses à découvrir, ne serait-ce qu’avec la vue. Il ne savait bien sûr pas ce qu’était un « baisodrome », mot le devina simplement en analysant le préfixe, Sirius enrichissait son vocabulaire depuis son arrivée. Muet, le petit bout d’homme balaya le paysage d’un regard époustouflé, ne sachant même plus où attarder sa vue en priorité ; il ne pensait pas que ce genre de décor puisse exister ailleurs que dans ses livres. Sans le regarder, il resta un petit moment près de JackZ, ses doigts enfoncés dans l’une de ses jambes pour se rassurer. Eden voulut voir la blessure de sa main, mais il n’y découvrit qu’une paume parfaitement lisse, sans accroche. Alors, il analysa le reste de son être, émerveillé de le découvrir immaculé, sans une cicatrice de flagellation, et sa vision tomba rapidement sur la matière étrange sous eux, d’une couleur blanche et d’apparence granuleuse. Le mutant plongea sa main à l’intérieur, rencontrant pour la enfin la texture du sable, telle qu’il l’avait lue dans ses récits. Refermant ses phalanges, il en tira une bonne poignée, les grains s’échappant de toutes les failles de sa main ; c’était si agréable qu’il ne pouvait s’empêcher de recommencer comme l’aurait fait un enfant, laissant tomber le sable très lentement, son autre main n’avait pas desserré sa prise sur la cuisse du jhacker, elle le comprimait de plus en plus fort de sa fragile poigne, ne pouvant décharger son émotion autrement.

___Tout ça était bien trop beau pour une chienne dans son genre, mais il saurait mieux les apprécier qu’un bon nombre de personnes ici-bas. Eden voulut essayer de se lever, enfonçant ses pieds nus avec plaisir dans l’onctuosité du sable chaud, il avait du mal et vacillait beaucoup, l’image d’un faon tentant de tenir sur ses pattes lui allait parfaitement. L’esclave tomba une première fois entre les jambes de Sirius, ses membres inférieurs tremblaient, mais il n’abandonna nullement et répéta l’opération avec ténacité. Il se redressa encore, quittant la présence presque paternelle de son ange, et osa quelques pas maladroits, s’affaissant et cette fois-ci sur la hanche. Loin de se décourager, Eden se remit d’aplomb et réussit à ne s’effondrer que sur un de ses genoux après quelques secondes. Il voulait voir la végétation de plus près, allant d’un élément à l’autre pour ne pas se perdre dans sa contemplation, penché au-dessus de cette incroyable flore aux teintes déconcertantes, il caressa timidement les feuilles, sursautant légèrement en les voyant changer de couleur dès qu’il les effleurait. Par quelle magie … Eden n’avait pas le courage de cueillir ne serait-ce qu’une plante, il préférait les observer dans leur état « naturel », oubliant même que tout ceci n’était qu’une vaste illusion. Il fit son possible pour n’en écraser aucune, la végétation se régénérant automatiquement sitôt écorchée, Eden posa une main à plat contre un tronc et se ravit de l’impression marquée sur sa peau par le bois, inspirant à plein poumon le parfum des lieux, si différent de tout ce qu’il avait connu. Le jeune homme aurait pu rester ainsi indéfiniment, admirer chaque arbre, chaque fleur, chaque pan de plantes avec la même fascination enfantine. Au moins dix bonnes minutes s’étaient écoulées avant qu’il ne revienne, s’arrêtant tout à fait au bord de l’eau, dos à Sirius, sa position laissant à peine voir une joie voilée de quelques mèches opalines. La « mer » s’étendait à perte de vue, il pouvait difficilement la distinguer des cieux, et il trouvait ça plus que magnifique.

___Une vague à peine plus forte recouvrit le bout de ses pieds, le faisant tressaillir et baisser la tête, c’était tiède. Du haut de son mètre soixante-quinze redressé, le corps d’Eden ainsi vêtu paraissait plus que féminine, surtout de dos. Son épaule découverte, dont l’os saillait, roulait délicatement sous son épiderme halé à chaque mouvement, allant de pair avec ses longues jambes fuselées. L’entièreté de sa silhouette gracile, agrémenté par les faibles ondulations de sa tenue, oscillait entre celui d’une femme et d’un de ces éphèbes que l’on dépeignait dans l’Antiquité, homme-adolescent dont les charmes n’étaient plus à vanter. Et que dire de ce visage, les paupières mi-closes par l’observation, l’émeraude parvenant à irradier malgré l’étroitesse de la fermeture, surmontées d’une fine arcade sourcilière et pour finir, ce baiser caché à la commissure de ses lèvres. Plus de crainte sur ce faciès androgyne, un simple bouleversement. Il écarta à peine ses bras, levant les yeux vers le ciel tout en les fermant, et enfin, car il ne manquait que ça pour parachever la beauté de ce petit être déchu, un sourire illumina ses traits. Il sentait, touchait, voyait, entendait, goûtait à la vie pour la première fois, libre de ses entraves. Quelques larmes vinrent se perdre sur ses pommettes et il se tourna vers Sirius, avançant jusqu’à lui avec plus de facilité que tout à l’heure, il se laissa choir à genoux devant lui. Même si ses pupilles luisaient encore de sanglots, ceux-ci n’avaient plus rien à voir avec tous ceux qu’il avait pu verser jusqu’à maintenant, et ses lèvres étirées ne faisaient subsister aucun doute : il était heureux.

« Merci … merci … »

___Peu importe que tout cela ait une fin, il n’avait jamais connu une telle joie. C’étaient les seuls mots qui voulurent bien sortir, le reste s’égara dans de faibles pleurs, il s’approcha encore pour enlacer le cou de l’ange bleu, réfugiant son visage près d’une de ses épaules, se recroquevillant intégralement contre son torse. Qu’il était singulier de voir évoluer cette petite chose. Agité de spasmes d’émotion, il paraissait encore plus frêle qu’auparavant, complètement à la merci du loup. Eden aurait pu demander pourquoi et comment, mais il n’avait aucune envie de briser cet instant sublime où il étreignait, de lui-même, un homme qui venait de lui faire connaître l’équivalent de l’extase.


Dernière édition par Eden Vangelis le Jeu 14 Mar - 12:09, édité 1 fois
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JackZ Omega
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Sam 2 Mar - 19:27

Il y avait bien longtemps que JackZ n’était plus un jeune loup et aucun qualificatif de prédateur ne s’appliquait désormais au jhacker. Il était l’Omega. La finalité de ce qu’un homme pouvait devenir dans le cyberspace sans quitter son humanité. Il ne s’était pas lui-même baptisé ainsi, contrairement à la majorité des sliders de la matrice. Une A.I l’avait nommé et désigné en désintégrant irrémédiablement une partie de sa raison. Que restait-t-il vraiment de lui dans le meatspace ? Sa viande. Pas seulement, il le savait bien. Son corps le laissait coincé et incomplet quand bien même eût-il reconnu en lui le seul refuge qui lui permît de s’échapper et de déconnecter du danger imminent de la matière noire. Et d’Alpha. Existait-il une situation plus moisie que la sienne ? Être forcé de vivre une lucidité intrinsèquement liée au cyberspace et d’assurer sa sécurité en étant essentiellement lié au corps de chair. A quoi cela lui servait-il d’être sauf en étant insane ?

JackZ observait le ciel noir faiblement nimbé des lueurs de la végétation environnante et surveillait discrètement le néophyte dans son champ de vision. Une aurore boréale apparut pour couvrir le néant. Le silence était bienvenu et le jhacker laissait l’esclave faire les menues découvertes aux proportions immenses pour sa condition. Ses commissures s’étirèrent sous la pression avec laquelle Eden le tenait et nul besoin était de voir, pour se représenter les phalanges qui lui comprimaient le muscle sans même qu’il n’ait cherché à diminuer les sensations de son simavi. Sentir la douleur ou le plaisir était la dimension de réalité la plus importante dans la matrice. Mais il n’avait pas mal. Lorsqu’il le sentit remuer, JackZ se rehaussa sur ses coudes et se moqua gentiment sans faire ne serait-ce qu’un seul geste pour l’aider à se mettre debout : Eden devait apprendre et il ne risquait strictement rien. Lorsque l’esclave retomba, il rabattit une jambe pour lui éviter de s’étaler complètement et le retint de son étau. Simple réflexe. Il suivit ensuite son évolution du regard, conscient de ne penser à rien sinon à lui, tenu en état de contemplation sans aucune pensée parasite.

C’était reposant. Le simavi d’Eden n’était aucunement customisé et était une reproduction fidèle, au locus près, de son phénotype réel. Et sa beauté était déjà idéale et irréelle. JackZ secoua lentement la tête et soupira en se passant machinalement une main sur la gueule. C’était un gonz et l’info se laissait trop aisément oublier à son gout. Pas qu’il soit coincé ou homophobe, nan. Mais il ne se souvenait pas avoir déjà été interpellé de cette manière à la vue d’un mec. Bah, ça n’est pas vraiment un mec. Ah Ouais ? C’est quoi alors ? Stupides pensées. Pensées stupides à l’origine de la réapparition du sourire de joker sur le visage d’Omega, ajoutant à l’étrangeté de sa composition, son regard était à la fois lointain, dur et bienveillant. Toujours surélevé sur ses coudes, il renversa la nuque en arrière de sorte à suivre la progression de l’éphèbe, motivé d’une simple curiosité et pour ne pas rompre le fil de sa contemplation.

Un tour de nuque plus tard, lorsque le néophyte revint près de la rive, JackZ se redressa partiellement pour s’asseoir dans le sable et se ramassa sur lui-même, les avant-bras calés sur les genoux. Au plus le reluquait-il, au plus grandissait le sentiment de culpabilité tortueux de le renvoyer tel quel à sa prison d’EZ. Ses larges épaules se soulevèrent et son coffre se gonfla amplement. Le puissant soupir d’exaspération qu’il relâcha leva un tourbillon de particules sablonneuses mais il n’eut pas le temps de jurer, accusant de plein fouet la volte-face du mutant. Ses pupilles se résorbèrent dans le bleu nucléaire de ses prunelles et il avala sa salive, pas certain de pouvoir supporter pareil spectacle. Le rayon de sa focale accrocha les émeraudes luisantes et JackZ se força à ne pas lâchement détourner le regard, rentrant la tête dans ses épaules en se tassant plus massivement encore sur lui-même. Don’t come closer, stay back, semblait-il signifier. Mais il n’eut pas la présence d’esprit de se déplacer. Lorsqu’Eden envoya ses deux lianes mates lui enlacer le col, l’apparence de son simavi se modifia et la cascade de chevelure bleu-argenté se raccourcit à l’image de son apparence IRL, ondoiement turquoise explosé en savant pétard sans manquer de durcir un peu plus encore les traits sèchement taillés de son visage. Son emprise se verrouilla presqu’automatiquement sur l’éphèbe gracile et l’étreinte forte barra entièrement les reins creusés tandis que son autre main remontait fermement le long des dorsaux sveltes, jusqu’à lui empoigner la nuque sans force excessive. Fallait qu’il cesse de trembler. Ses phalanges s’enfoncèrent dans la chevelure immaculée et appuyèrent la tête de l’esclave sur son triceps musculeux. Le visage de JackZ, sans expression autre qu’une imbittable contraction, restait focalisé entre mer et ciel sans point visible d’horizon.


******

Si Manty et Rain s’étaient trouvées dans la matrice à ce moment même, nul doute que la première aurait envoyé un coup de brise-glace sur la seconde. Manty reprenait la relève sur JackZ, sa passe n’étant que dans une heure. D’ailleurs, il faudrait que celui-là se ramène. C’était bien beau de leur faire des mystères — bon okay c’était Omega – mais quand même. Puis elle s’arrêta subitement dans sa lancée en attrapant machinalement l’avant-bras massif d’Halley. « Look, » lâcha-t-elle sombrement tandis qu’elle portait un regard médusé sur le visage du jhacker en immersion. « De quoi ? » gronda bêtement le buffle au crâne rasé. Puis il suivit sa focale du regard et bloqua avant d’aspirer un cri de folle dans un effet de comique volontaire. Devant l’inexplicable sans aucune espèce de gravité ni d’ugence, c’était encore la meilleure défense. Il demanda à la jhackeuse : « ça v’dire quoi ? », ce à quoi celle-ci répondit « No clue… ». Pas vraiment convaincu, Halley insista « You tell me ; C’ton mec après tout. » Il s’approcha et vérifia les paramètres vitaux et neuraux du plongeur. Manty pesta rauquement : « Y parait, ouais », l’intonation indiscutablement blessée. « Tu crois que c’est Alpha ? » demanda-t-elle. « Né. Autrement he’d gone wild. »Manty haussa les épaules et alla finalement essuyer les larmes qui s’échappaient en un ruissellement tranquille et continu des yeux fermés de leur boss symbolique.


******

Les capteurs biométriques de l’étage décelèrent une présence dans le Hall principal et JackZ bascula sur le système de surveillance sans que son simavi ne se soit détaché d’Eden sur l’ile. Le maitre rentrait au bercail. Omega bloqua le verrouillage des accès et prit les commandes centralisées, laissant pour l’instant la domIA et les androïdes en veille.

******

Ses mains vrillèrent à la taille svelte d’Eden, le tenaillant pour le repousser de lui et sa focale de saphir dur vint se ficher avec urgence, mais sans panique, dans le regard liquide de l’éphèbe. « Il faut y aller, il est là », murmura-t-il d’un ton implacable. Et afin de ne pas perdre de temps, JackZ fut forcé de charger la psyché d’Eden d’un paquet compact d’instructions en sémiosis qui, assimilé tout d’une traite, signifiait une fois ‘traduit’ : « Tu vas retrouver conscience et ranger le sim sur la tablette ou tu l’as trouvé et remettre les trodes dans les sachets. Je me charge de toutes les fermetures. Tu retourneras ensuite dans le salon et refermeras ton collier. Sa désactivation n’a pas été log, il n’y aura aucune trace. J’y ai installé une backdoor. Indécelable. Je reviendrai. » Restait plus qu’à espérer que l’aristo n’ait pas une furieuse envie de slider et ne découvre qu’un set de dermatrodes neuves ait été déjà utilisé. JackZ se redressa brusquement en soulevant le môme dans ses bras et le garda plaqué contre lui. L’orbe bleue se rematérialisa autour d’eux et son iridescence légère s’accrut jusqu’à irradier d’une brillance violente. Lorsque le blanc éblouissant se résorba, JackZ tenait le vide dans ses bras et vit Eden allongé sur le simili-composite de la banquette. Retour au Meatspace.

Le faire s’enfuir d’ici. L’idée était au moins aussi inconsidérée et irresponsable que de le laisser à cette vie était inconcevable. JackZ réfléchissait 10k qualia à la seconde. Lui ouvrir le passage et l’accompagner en simavi jusqu’à un endroit sûr ? Impossible. Il n’avait aucune manière d’interagir avec un quelconque danger extérieur si celui-ci n’était pas relié d’une manière ou d’une autre à un élément conducteur. Un connard avec un terminal d’une quelconque nature branché sur l’nerf optique, ou planté dans les oreilles ou encore avec un dermatrode qui traine quelque part en veille sur l’crâne, c’était faisable. Mais si le trajet pour traverser l’EZ et la MB était plutôt rapide et sûr, les huit cent bornes restantes en RZ jusqu’au QG actuel étaient une toute autre histoire. C’était impossible. Il y avait des trous dans les am.I space, c’était instable et la densité crétin sans techologie/m² y était étouffante. Il ne pourrait rien faire pour le défendre le cas échéant. Et le cas arriverait sans faute. Monter lui-même jusque-là ? Avec un simulateur en main et alterner des sessions de plongée pour jhacked les systèmes, assi dans un coin au pied d’un mur ? Ahaha. Malade. Sans compter qu’il suffisait qu’il vire dingue une seconde et qu’il oublie son but. Omega n’avait pas confiance en Carlisle. Mais pour lui…

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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Dim 3 Mar - 3:17


___Il s’était attendu à sentir les longues mèches du jhacker caresser ses avant-bras, mais il ne distingua plus l’auréole argentée typique de sa crinière dans son dos. Sirius semblait avoir changé et Eden n’aurait su dire pour quoi, il voulut le regarder mais sa main arachnéenne se referma sur ses cervicales et il fut bientôt compressé dans une étreinte à la fois forte et salvatrice. L’éphèbe avait alors préféré se laisser totalement faire, s’abandonnant dans les bras trop puissants de JackZ, sa joue appuyée contre lui, dévisageant le vague sans parvenir à mettre un mot sur ce qui l’envahissait. De longs frémissements presque extatiques caressaient son échine creusée, secouant ses épaules et accélérant nettement son rythme cardiaque. Il se rendait compte qu’il ne connaissait strictement rien de l’ange, pas même son âge ni son véritable prénom, mais les lui demander aurait certainement brisé leur contact et qui plus est, les créatures divines n’avaient pas d’informations aussi bassement humaines ; Sirius était simplement Sirius, il ne désirait pas en savoir plus pour le moment. Il se tendait simplement sous sa pression, le sentiment indéniable de vivre une après-jouissance le faisait rougir et il était soulagé que l’homme ne voit pas son visage empourpré. Prisonnier heureux et consentant du corps massif de JackZ, un de ses bras avait lâché son cou, laissant sa main descendre dans une presque caresse sur son deltoïde, agrippant son biceps par la suite. Ainsi contre lui, l’esclave aurait pu supporter n’importe quel drame, tant qu’il restait ce contact, ce souffle sur son cou, ces doigts en étau à sa nuque, tout aurait bien pu être noir qu’il aurait continué à percevoir la lumière dans son étreinte avec le loup. Il ne pleurait plus mais ne pouvait stopper ses frissons émotifs, depuis largement renforcés par l’enlacement de Sirius, il se sentait bien trop étrange pour que tout cela soit totalement innocent. Fondamentalement, ils ne se connaissaient que depuis moins d’une heure, et pourtant, Eden ne pouvait lutter contre ce lien indiscutablement fort, du moins de son côté, qui s’érigeait très rapidement en lui. Il redoutait déjà la séparation, comment quitter un tel environnement, une telle personne ?

___Et pourtant, il fallait bien s’y résoudre, car JackZ l’avait agrippé à la taille pour le détacher de son torse. Intimidé, Eden le dévisagea avec surprise, redécouvrant ses traits fermes accentués par sa tignasse sauvage mais courte. Une constatation frappa le jeune homme ; il était terriblement beau. Il eut bien sûr honte d’avoir de telles pensées, lui qui ne devait nourrir aucune admiration pour quelqu’un d’autre sinon son maître, d’autant plus que le regard tranchant du jhacker le décontenançait totalement ; comme s’il devinait ses réflexions et le fixait en conséquence. Eden s’attendait à entendre des mots froids et courroucés, et il aurait préféré, la contenance du murmure glaçant ses sangs. Il … Eden ne savait que trop à qui Sirius faisait référence et la silhouette hautaine de Lylian Vangelis lui porta un coup au cœur, faisant tressaillir son meatsuit dans une nausée plutôt féroce. Il ne voulait pas partir mais que pouvait-il dire ? Le slave serra franchement les lèvres et le fixa tristement, sans protestation cependant ; il n’avait rien à dire, en ces lieux il était quasiment son nouveau maître et choisissait quand s’arrêtait sa liberté. Le degré de soumission et de résignation d’Eden était autant incroyable qu’il en était atterrant. Le blanc eut un instant d’égarement, une foule d’informations se bousculant dans sa tête, l’étourdissant légèrement mais les assimilant une à une et dans l’ordre. Soudainement décollé du sol, le mutant s’accrocha de nouveau à sa nuque dans un réflexe, réalisant que son maître allait débarquer d’une minute à l’autre dans la demeure, et s’il le découvrait en pleine immersion ; il ne donnait pas cher de son sort. Eden profita des dernières secondes maigrement grappillées au temps assassin, essayant de marquer son esprit du toucher de JackZ avant que tout ne disparaisse dans un éclair aveuglant.

___Eden ouvrit subitement les paupières, récupérant maladroitement la mobilité de ses membres en dégringolant du sofa. Le stress l’envahit rapidement, cherchant le jhacker des yeux pour se convaincre que tout ceci n’était pas un rêve. Je reviendrai. Tu ne lui avais rien promis, mais il te croyait déjà, Sirius. Avalant sa salive acide, il poussa la bassine d’un mouvement du pied sous le fauteuil, se hâtant de retirer les dermatrodes pour les ranger ainsi que le simulateur, l’anxiété rendait ses gestes imprécis et saccadés ; nul doute que la simple idée de savoir Lylian arriver le terrorisait. L’esclave fit volte-face, il ramassa son livre sur la table basse et trottina jusqu’à la porte, il se retint à l’encadrement au dernier moment, tournant la tête vers le loup, il captura l’image de sa magnificence austère pour la garder secrètement dans un recoin désertique de son âme ; ses souvenirs. Les larmes brillaient encore mais il avait forcé un mince sourire malheureux se voulant gentil.

« Je vous attendrai … Sirius. »

___Mon ange. Eden essuya ses joues d’un revers de main et disparut dans le couloir. Dans le salon, il ramassa son collier et le plaqua contre sa gorge, s’écharnant à le remettre jusqu’à entendre le claquement sec du verrou et le sentir se resserrer tout autour dans une prise légère mais pas moins lourde. Mort de peur, Eden épousseta à peine ses quelques vêtements, ayant conservé l’ouvrage dans une paume, sans doute pour insinuer l’idée naïve qu’il était en train de sagement lire avant que Lylian n’arrive. L’écran se remit à fonctionner et diffuser ses sempiternelles informations, Eden ne tourna qu’un œil distrait vers le son puis sursauta magistralement lorsque la porte s’ouvrit sans douceur, claquant sèchement sur son battant. La haute stature de l’homme se dressa ainsi dans la pièce, ses yeux plissés par une contrariété non dissimulée qui tendit Eden.

« Maître … »

___Dit-il avec faiblesse, inclinant la tête avec respect. Lylian ne fit pas attention à l’animal, tournant dans la pièce, la désagréable impression que quelque chose avait été dérangée ici le faisait froncer le nez avec suffisance. Eden le suivit du regard, la tension plus que palpable, il serrait son livre contre son torse avec appréhension, craignant que ses nerfs ne lâchent ou que son maître ne découvre miraculeusement le pot aux roses. L’homme aux cheveux violets fut bien forcé de reconnaître que rien n’avait changé, ce qui l’agaça particulièrement, il posa deux pupilles acérées sur sa propriété, le désarmant sur place, et le détailla de bas en haut. Rêvait-il ou pouvait-il humer de sa place le parfum de la culpabilité ? L’aristocrate considéra l’esclave un moment, rajustant ses gants dans un crissement de cuir.

___« Viens ici, Eden, lança sèchement Lylian, ne bougeant pas d’un millimètre tandis que le mutant s’approcha docilement jusqu’à s’arrêter face à son maître. Une pause de quelques secondes s’imposa avant qu’il ne reprenne avec froideur :
- As-tu remarqué quelque chose d’anormal pendant mon absence ? Regarde-moi quand je te parle.
La voix de Lylian était pire qu’un fouet sur sa peau, Eden oublia très vite l’ambiance apaisante de l’île et des bras de Sirius, si facilement opacifiés par l’aura écrasante de son maître. Le jeune homme redressa péniblement la tête vers lui et le Chief put à loisir noter les rougeurs au niveau de ses paupières, son propre visage se rigidifiant d’une expression menaçante qui motiva Eden à répondre malgré les trémolos.
- Non, je n’ai rien vu …
- Tu as pleuré ? interrogea l’aristocrate avec dédain.
- Non, maître, tenta d’assurer Eden en contractant les muscles de son visage pour refouler les larmes d’angoisse prêtes à couler. Les doigts gantés de l’aristocrate allèrent saisir la mâchoire du malheureux, la comprimant sans se soucier de la douleur occasionnée, l’obligeant à se soulever sur la pointe des pieds pour suivre le mouvement. Ses iris azurins tombèrent sur le bandage à sa paume, réprimant un rictus méprisant, enfonçant ses phalanges dans les muscles délicats de son maxillaire.
- Tu mens, articula t-il avec hostilité, qu’as-tu fait à ta main ?
- Je … je me suis blessé avec des débris de verre … j’ai cassé un flacon de parfum … Maître, pardonnez-moi, supplia Eden dans une plainte que Lylian ignora.
- Pourquoi pleurais-tu ? Réponds, s’impatienta l’homme, d’humeur plutôt irritable après toute cette journée harassante et ce système de sécurité l’ayant interpellé. Il secoua un peu son jouet resté muet et incapable de se justifier.
- Maître, je vous demande pardon, tenta-t-il avec désespoir, une souffrance insoutenable dans le bas du visage.
- Tu sais que j’ai horreur de ça. »

___Il relâcha son visage mais ne le quitta pourtant pas des yeux, Eden eut le malheur de se détendre légèrement, il n’entrevit pas une seule seconde la main de Lylian s’abattre sur son visage dans une gifle phénoménale qui le fit tomber à la renverse, son livre lui échappant des mains alors qu’il se ramassait de tout son corps sur le parquet, gémissant d’une douloureuse surprise. Impitoyable, le maître se pencha pour le saisir par son collier, il l’étranglait volontairement par ce mécanisme et amplifia la torture en le soulevant au-dessus du sol.

« Si tu ne sais pas te justifier, peut-être devrais-je te donner moi-même une bonne raison de pleurer ? »

___La reconnaissance digitale du collier reconnut Lylian, il n’eut besoin que de quelques habiles gestes des doigts pour enclencher un atroce ultrason uniquement audible pour Eden et son ouïe hyperdéveloppée ; un genre de son qui pouvait rendre certains animaux fous. Le mutant hurla de tout son être malgré la strangulation, son martyr inimaginable, il le laissa négligemment tomber au sol et contempla la pauvre créature se débattre contre une force invisible, plaquer vainement ses mains contre ses oreilles si sensibles, criant et pleurant de façon déchirante, le front posé contre le parquet. Lylian ne put s’empêcher d’esquisser un rictus à la fois glacial et vicieux, il défit lentement la ceinture de son pantalon et en enroula une partie autour de sa paume droite, le reste, et surtout la boucle métallique, pendait dans le vide. Les ultrasons cessèrent, programmées pour s’arrêter au bout d’une certaine échéance ; Eden se relaxa, haletant longuement et suant, pas pour longtemps car un coup de ceinture sur son dos le fit se cambrer dans un nouvel hurlement, la violence des chocs répétés arracha son haut et il dût bientôt essuyer une flagellation sur sa colonne vertébrale et ses épaules, jusqu’à ses reins. Pas un seul instant il n’implora sa pitié, pas un seul instant il ne le para ni ne l’évita, il restait simplement là à subir. Lorsque les pulsions de Lylian furent suffisamment soulagées, et surtout quand le dos d’Eden ne ressembla plus qu’une une vaste toison rouge, il empoigna son esclave par les cheveux et le releva à genoux vers lui.

___« Tu as abîmé ma propriété. Je te corrigerai jusqu’à ce que les blessures de ta paume aient disparu, susurra-t-il d’un ton venimeux. Et il le ferait, Eden n’avait jamais entendu son maître proférer des menaces qu’il ne tenait pas. Ne t’amuse plus à me contrarier, tu as compris, Eden ?
- O—oui...ah...Oui…Maître … Vangelis …
- Bien. »

___Eden s’écroula par terre, l’hémoglobine dégouttant de ses flancs, il sanglotait misérablement et Lylian se contenta de l’enjamber, ramassant l’ouvrage qu’il avait lâché, lisant la couverture d’un air supérieur. A ses pieds rampait le mutant battu, il le jaugea d’un regard plein de cynisme et, sous ses prunelles humides, mit en pièce le fin livre, les feuilles virevoltant sur lui. Ce n’était qu’un livre, un parmi les centaines qu’il possédait mais le simple fait de réduire en charpie ce petit morceau d’Eden, c’était assez jouissif. Lylian se retira sans cérémonie, il avait besoin de prendre une douche. Eden lui, pleura longuement pendant que les pages de Grave of the Fireflies, glissaient et voletaient sur sa silhouette ensanglantée et prostrée de douleur. Dans sa tête, un seul nom lui venait à l’esprit.
Sirius.
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JackZ Omega
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MessageSujet: One attosecond from your mind.   Mar 5 Mar - 18:16

One zeptosecond of thinking. Le temps de l’esprit n’avait plus aucun mystère pour JackZ Omega et il n’avait d’ailleurs ni le temps de s’étonner ni l’équipement mental pour s’émerveiller devant une quelconque prouesse, naturelle ou engineered, la différence ontologique nécessitant une indubitable nouvelle définition ici-bas dans la matrice. Le temps du doute était révolu et l’esprit processuel de l’homme s’était calqué sur les modes opératoires de la machine. Aucune limitation de son entendement originel ne pouvait maintenant l’arrêter et nulle impasse conceptuelle ne pouvait le freiner : l’homme s’était doté d’exocerveaux et tous les terminaux, outils bioinformatiques et autres item en ique et ics étaient devenus autant de prolongements efficaces de la réflexion que ce qu’une arme létale était un prolongement efficace des jointures de leur poing. Mais il existait encore un mécanisme chimique que rien n’avait su venir tamiser ni engourdir et peut-être était-ce aussi le dernier impetus naturel à ne pas connaitre d’enhancement ni de mutation possible. Du moins Amaury Carlisle était le type d’homme auquel les mythes étaient vitaux et venaient contrebalancer l’absence de mystère et de secret anéantissante à l’étant de son mental lorsqu’Omega était le type de jhacker à pouvoir rencontrer une Alpha et à en faire l’expérience. Que l’A.I ait effectivement été sui generis ou qu’elle ne soit qu’un monstre engendré par Carlisle lui-même, le résultat était là, L’A.I toute puissante faisait maintenant partie de l’ontologie du cyberspace tout comme la matière noire.

One yoctosecond of feeling. Le temps du cœur était erratique et coulait comme le sable au travers de mains immatérielles : tout bonnement intangible. Aussi, homme de mythe et de mystère, JackZ connaissait alors cet impetus propre à l’humain et ce qui, en d’arrières-temps reculés, définissait alors son essence. Le désir était l’essence de l’homme, celui qui gonfle le cœur avant de dresser la bite et qui fait aller de l’avant en motivant l’action. Premier moteur à l’échelle humaine, pour peu qu’il existât encore quelque chose n lui pouvant se mesurer à cette échelle. Il resta à observer l’esclave dans l’empressement et la débandade nerveuse, l’accompagnant d’un regard imbitablement dénué de la joie grotesque et de la nonchalance habituelle qui accompagnent ses moues. Ses iris bleu nucléaires irradiaient sur Eden et reçurent cette expression malheureuse de reconnaissance qu’avait eue le boy. Un tel visage n’était pas fait pour esquisser pareil sentiment, ça n’était pas l’ordre du monde. Il hocha rudement la tête pour confirmer son retour et terrasser l’humilité de l’esclave par la fermeté de son assurance mais la mascarade ne changeait rien à cette d’impression d’envoyer le môme à l’abattoir.

One femtosecond of cowardness. JackZ voulu disparaitre sur le champ et ne pas se faire le témoin impuissant de quelque chose qui ne le regardait pas. Oh really ? How brave of you. Ou pas. Le simavi torpilla au travers des cloisons incrustées de particules d’argent, revêtement parfaitement inutile contre lui et resta en stealth mode, invisible et indétectable par les capteurs qu’il réenclenchait en masse sous son passage. Le bruit de remagnétisation des portes devait atteindre l’ouïe surdéveloppée du mutant sans inquiéter le maitre. Il s’arrêta subitement près du terminal d’Am.i, androïdes vacant à leurs tâches en se gardant de venir jusqu’au salon principal et assista à l’entrée du maitre, visage à la fermeté marmoréenne de JackZ rivalisant avec l’hautaine contrition du bel aristocrate. Surpris par la violence avec laquelle il saisit le mutant, ce qui du reste n’était pourtant rien à côté de ce qui suivrait, le haut-technocrate assistait vainement et médusé, aux retrouvailles du maitre et de l’esclave. Il ne pouvait entendre les ultra-sons sans moduler les sensors à disposition dans l’installation, mais il n’eut pas besoin, il comprit parfaitement ce dont il en retournait. Lylian, j’étais venu en ami et je repars en ennemi. Rien de ce qu’il verrait et jugerait ne changerait quoi que ce soit aux mondes des affaires mais la vision qu’il avait de l’homme en serait ébranlée.

********

« Bon dieu qu’est-ce qui s’passe encore ? » pesta Manty tout en s’affairant autour du siège. Elle contrôla une énième fois les paramètres vitaux du jhacker en immersion et referma une main sur le bras de la station de plongée pour s’y hisser dessus. La jhackeuse-pro marmonna un machinal « ça commence à bien faire ! » tandis qu’elle tentait de contenir de son corps frêle, les tremblements qui secouaient la meatsuit du jhacker. Elle fronça les sourcils en regardant le visage de JackZ, se parlant à elle-même depuis qu’Halley était en sortie. « Et bah, ça doit être un méchant infrog que tu pourfends là, » se moqua-t-elle pour masquer son inquiétude. Le deathmask, disaient-ils entre eux lorsque la mort se laissait discerner sur le visage dément d’Omega, image résiduelle de son pare-feu surgissant à leur imagination dans le meatspace. Il doit-être en train d’icer quelque chose, se dit-elle, conciliante.

********

Mais JackZ Omega ne givrait rien du tout et contenait un peu trop bien la rage qui l’envahissait insidieusement, ayant dépassé la simple colère, aussi virulente fut-elle, dès l’activation du collier. Il était forcé à l’inaction, spectateur non pas impuissant mais voué à ne rien montrer de sa force devant la cruauté et le sadisme de l’aristocrate. Des flashs mnésiques lui traversèrent le regard : un androïde qui perdait les pédales et qui frappait Vangelis, les tirs aveugles du système de sécurité… Mais une seule personne aurait été en mesure d’inspecter et d’expliquer les causes du piratage. Amaury Carlisle lui-même. Intenable situation. Ainsi subissait-il le supplice de l’esclave et tressaillait-il à chaque morsure du cuir cinglant le dos qui de cuivré passa à pourpre. Lorsque le maitre se fut bien épuisé et s’amusa à déchiqueter l’ouvrage de papier, sa focale vrilla un instant dans la direction de JackZ, comme s’il pouvait sentir sa présence. Ce n’était que son imagination mais ce regard… Il l’avait vu ailleurs. Valrogh. Que s’est-il passé depuis le AimHighest ? Pareille haine, sur ta face. Tu la portes si mal. Qu’est devenu celui qui défendait le mutant ? Lyl. s’interrogeait-il stoïquement, le visage dur et les traits contractés à s’en faire péter les mâchoires. Le spectacle consommé jusqu’à la lie, il n’osa se montrer devant la victime ni ne pouvait affronter son regard. Il n’avait pas besoin de le voir pour imaginer le si beau visage halé déchiré par la douleur et gonflé par les pleurs, en parfaite illustration des lacérations boursoufflées qui lui ceignaient le dos.

First Ending.

********

« Tu rentres ? », demanda Halley en négociant un saut risqué entre deux nœuds d’Am.I.
« Na, J’ai une passe, » répondit laconiquement le boss des HackZ en fonçant comme si l’attosecond de vide n’avait pas interféré avec la stabilité de son simavi. Peu locace, Omega serait partit ni plus ni moins si le buffle borgne ne l’avait pas interpelé. Omega ne se souciait plus vraiment des amnésies partielles qu’il se tapait. La lucidité se faisait rare une fois qu’il était incarné.
« JackZ. Hier lorsque t’as émergé t’étais pas là et –»
« J’sais parfaitement que je délire coté meatspace, ce s’ra pas la--» Ce n’était ni la première fois, ni la dernière, aurait-il voulu dire lorsque le simavi à l’apparence golgothesque de cyclope le coupa.
« Tais-toi chef, écoute moi. J’étais revenu à temps. J’t’ai tenu et Mant-- »
« I Know », le coupa-t-il en vrillant lentement le visage vers Halley. Et la force de l’expression de pierre froide avec laquelle il le lapida réduit l’autre au silence. Le fendant d’une focale bleu laser, il clôtura la conversation :
« Don’t ask, don’t tell. C’la raison pour laquelle je couvre vos culs ici-bas dans la matrice. Vous couvrez l’mien dans le meat space. End of the story. »
Halley ne semblait pas en avoir fini quant à lui mais dû se résoudre à laisser filer son ami. Le connaissait-il vraiment ? Que savait-il de lui hormis qu’il était comme un dieu tout puissant dans c’putain de cyberworld ? Glaxian & Thalès et Vangelis. C’était ce qu’il avait hurlé. C’était gros. Très gros. Et que l’nom de la firme orbitale sorte de sa bouche ne pouvait être anodin. Vangelis ; ce non lui parlait, puis il s’était renseigné. Ça n’était rien qu’un aristo héritier de la plus grosse firme de cybernétique de l’ultrapolis. Ça sentait le roussi, Halley n’aimait pas ça. C’était beaucoup trop gros pour eux.

********

Les fines barrettes de haut-parleurs qui sertissaient le périmètre des pièces de l’immense appartement de l’aristocrate se mirent à grésiller et un chuintement signa l’ouverture du collier de servitude. La pièce s’emplit d’une radiance éblouissante avant de s’atténuer en délimitant les contours du simavi et d’achever le processus d’holomatérialisation. Le timbre grave et enroué du jhacker se mit à retenir en haute définition dans la chambre de l’esclave.
« Eden. »
JackZ semblait accroupi près du lit telle une gargouille gothique trop massive dans une pièce trop étroite. Un avant-bras calé sur le rebord du matelas, l’autre légèrement surélevé près du visage dormant du mutant et projetant une lumière bleue irradiante dans l’obscurité de la chambre dont les vitres électrochromes, malgré la luminosité baveuse du jour levant, restaient opaques. Le simavi se maintenait sans grande difficulté dans l’Am.iSpace dense en très haute résolution et paraissait matériel. Le pare-feu ossuaire était bien en place, la blancheur flamboyante du hakama et l’irridescence de l’épiderme de JackZ dénotaient pourtant sa nature holographique.
Nouvelle vibrance basse retentissant depuis les HP sans que les lèvres d’Omega ne se meuvent.
« Eden, baby. »
Son visage restait implacablement dur quand bien-même était-il en train de sourire et ça n’était pas la trainée de turquoise sublimant les prunelles électriques qui pouvait en adoucir les traits. Deux jours avaient passés. Deux jours dont il n’avait aucun souvenir sinon les plongées effectuées entre temps. Qu’avait-il fait côté IRL ? Il s’en contrefichait et essayait de ne pas repenser au piège qui s’était encore une fois refermé sur lui pour le laisser aussi vide qu’une coquille, après une énième révélation de de vérités absolues. Les ambitions d’Alpha étaient pour l’instant indicibles et informulables. Du moins tant qu’il n’accepterait pas de les traduire. Omega en était pourtant parfaitement capable et ça n’était qu’une dénégation de plus de sa part. Voir ce qui se profilait, voir la finalité de la matière noire et se laisser dépasser par la magnitude du phénomène. Etre coupable par immobilité. Figé par la peur et la fascination.

Le rayon bleu plasma de sa focale balayait la joue visible du mutant, nulle mèches saphir ne venant le voiler et pour cause, ses cheveux étaient courts et ramenés en arrière, sauf les mèches rebelles bouclant d'une vague océan sur son front. Omega changeait et se rapprochait de Carlisle en une évolution minime mais irrésistible. JackZ ne luttait pas. Pas contre lui-même : son énergie était précieuse.
« Doors are unlocked, » feula-t-il patiemment dans une invitation évidente à le rejoindre de l’autre côté, tandis que les balises de ses prunelles caressaient le dos recouvert d’un drap blanc de si délicate facture qu’il laissait voir le rouge des lacérations qui le striaient. Il verrouilla son esprit.


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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mer 6 Mar - 0:13


___La race des esclaves était aussi insignifiante qu’il n’y avait, au fond, aucune véritable finalité à leur existence, leur sempiternelle présence, depuis les plus anciennes ères, n’attirait pas la moindre curiosité. Ici-bas, rien n’aurait pu convaincre Eden Vangelis qu’il existait un monde meilleur que celui où il traînait son corps de chair meurtrie. Oui, est-ce qu’un asservi avait besoin de s’inquiéter de s’il aurait assez d’argent pour nourrir sa famille, et avait-il jamais connu un quelconque deuil à porter envers des proches ? Non, bien sûr que non, mais est-ce que la grâce des aléas de la condition humaine faisait d’eux des êtres plus heureux ? Certainement pas non plus. Pourtant, Eden, tout comme ses congénères, était persuadé qu’il vivait une réalité des plus enviables ; ne l’avait-on pas sorti de sa famine et son illettrisme ? Aurait-il bénéficié d’un sort meilleur si on l’avait laissé dans les bras d’une fratrie dont il ne se souvenait pas ? La réponse ne paraissait que trop évidente, en fin de compte. Il avait un maître, qui le punissait certes, un toit, de quoi s’alimenter, vivre décemment et sans compter sa maigre liberté de pouvoir lire. Le prisonnier s’accommodait à ses entraves, il voyait en sa prison une mère rassurante, et le monde extérieur ne devenait plus qu’une ombre étendue et hostile qu’il ne pouvait affronter ; si la majorité vivait avec cette certitude jusqu’à la fin, les plus rares mourraient dans l’attente de cet avènement. Pourquoi ? Qu’auraient-ils à espérer en abandonnant sa cage dorée ? Semblerait-il que, en dépit de tous les malheurs de l’homme libre, du moins plus libre qu’eux, l’éphémère bonheur qu’il pouvait connaître dépassait au centuple la constance de résignation de leur vie. Il était de notoriété publique que l’on recherchait toujours ce que l’on n’avait pas, le slave n’avait rien, de là se séparaient deux catégories : ceux qui s’en contentaient, et ceux qui décidaient de courir après un rêve. A choisir entre une longue ligne plate et un axe fait de hauts comme de bas, le laconisme échouait ; le cœur des hommes était fait pour la passion, et de toute la douleur que sa racine latine contenait. Mais cela, l’esclave ne pouvait le savoir. Non, rien n’aurait pu décidément inciter Eden à désirer quelque chose de mieux. C’était sans compter la brusque irruption de JackZ Omega dans sa vie.

___[PASSAGE SUPPRIME]
Lylian s’était pourtant redressé, baladant quelques secondes ses pupilles dilatées sur le dos lacéré de son esclave, un vague sentiment de regret qu’il rejeta rapidement pour quitter les fesses d’Eden, le lâchant totalement. Debout à côté du lit, il reboutonna calmement sa chemise, le blanc le fixait, l’émeraude las suivant chaque geste sans qu’il n’ait bougé. Lylian accrocha sa vision à la sienne, impassible.

« Je ne rentrerai pas ce soir. Les androïdes te porteront le dîner. »

___Il n’eut pas besoin d’entendre son assentiment, son esclave avait enregistré chacun de ses mots. Voyant qu’Eden n’allait certainement pas encore bouger, il ne put s’empêcher d’attraper un drap blanc et d’en recouvrir la silhouette mutilée, peut-être un moyen pour lui-même de cacher ces atroces plaies de sa vue. L’aristocrate tourna les talons, la porte refermée sur ses pas cliquetant d’un verrouillage programmé, l’obscurité revint, condamnant Eden. Mais qu’allait-il faire, encore, toute une journée ? Il ne tenta même pas de se lever, imaginant déjà le tenaillement de ses courbatures, le cuisant tiraillement de ses stigmates encore rouges de sang. Les deux journées précédentes avaient été de vraies simulations de ce qui l’attendrait une fois mort, l’ennui. Eden ressentait une peine inexplicable, il n’avait pourtant rien fait de fondamentalement mal, alors pourquoi son maître se comportait de la sorte ? L’impuissance le rendait malade. Chaque mouvement le faisait souffrir, aussi les limita-t-il, se recroquevillant simplement sur le matelas. La salle de bain n’était pas loin, quelques mètres, cela lui paraissait exagérément loin dans son état. Eden ne dormait pas, il somnolait d’une lourde torpeur, pas tout à fait absent, pas vraiment présent pour autant. La douleur persistante de son échine l’empêchait de plonger totalement, ainsi que cette inévitable mélancolie. Sirius n’était pas réapparu, le mutant n’avait aucune notion du temps et à ses yeux, cela faisait des semaines qu’ils s’étaient quittés. Le désespoir le poussait à croire qu’il ne reviendrait pas, il avait mal, ô oui si mal. Dans un inexplicable réflexe, sa main s’était mise à fourrager le matelas, récupérant un sable invisible qu’il laissait s’écouler. Peut-être n’était-ce pas si mal qu’il ne revienne pas, cela allégerait certainement sa culpabilité mais pas sa peine, son incroyable désir de le revoir, de le toucher. L’homme avait réussi à lui inoculer cette envie de découvrir, de savoir, de rêver. Où était donc passé son ange ? L’esclave inspira longuement, décryptant une énième fois la dernière image qu’il avait de lui, triste. Il se laissa aller à l’épuisement, une courte demi-heure s’égraina jusqu’à ce des bourdonnements insistants ne dérangent son ouïe facilement sollicitée, son collier ne tarda pas à faire de même. Est-ce que … ? On l’appela. Eden avait du mal à se détacher de sa léthargie, un bond du diable aurait été de mise en temps normal, or il n’avait pratiquement aucune réaction tant il était abattu. Il était là. En ouvrant lentement les yeux, il tomba nez à nez avec le loup sans avoir de sursaut ; un délire de son esprit malade, il l’hallucinait tant il voulait qu’il vienne. La voix grave le percuta de nouveau, il le dévisagea silencieusement, son seul œil visible le gratifiant de toute la douceur du monde. L’affliction le clouait à son lit, il avait envie de mourir sur cette dernière vision, celle d’Omega penché vers lui, s’éteindre après avoir saisi la quintessence de ce sourire. Ce fut comme si Sirius le devina, car il lui indiqua que les portes étaient ouvertes. Tu ne me laisseras pas partir, hein ? Sirius. Eden lui sourit à son tour, de ce genre d’expression qu’avaient les cancéreux en phase terminale, sa main s’avança vainement vers lui, le bout de ses phalanges effleurant sa joue nue, immatérielle. Il s’en moquait à vrai dire, il s’imaginait le contact lui-même, et cela emplissait son cœur d’une chaleur réconfortante. Une froideur le traversa, ça ne l’empêcha nullement de continuer ses caresses sur le visage de ce qu’il jugeait être la perfection. Il articula d’une voix blanche et particulièrement éteinte :

« Je ne sais pas … si je vais … y arriver … »

___Il suffisait de le vouloir. Son bras retomba mollement, il semblait sur le point de replonger dans son coma, mais en fait il rassemblait toutes ses forces mentales pour se mouvoir. Pour son ange, il aurait tout fait, et il le ferait. Avant de sortir, il devait passer sous l’eau et s’habiller de toute manière. Son collier s’était naturellement détaché de son cou. Eden rampa jusqu’au bord du lit, encouragé par la présence bleutée, il sortit tout d’abord une jambe dont tout l’arrière était recouvert de marques, sa jumelle n’en menait pas bien large. Le slave s’accrocha au rebord de sa table de chevet pour se relever, sa nudité entachée par les multiples blessures sur l’intérieur de ses fines cuisses. N’importe qui aurait été gêné de se dévoiler ainsi, mais Eden avait depuis longtemps dépassé ce stade en cette heure, et la semi-obscurité préservait quelques une de ses courbes délicates. Il se redressa péniblement, s’effondrant aussitôt contre le mur, ses membres tremblants ne le portaient pas, il s’armait des plus grands efforts pour avancer et ne manquait jamais de glisser. Eden entra dans la salle de bain, la lumière inonda son corps, il se traîna jusqu’à la plateforme délimitant la zone arrosée et passa simplement sa paume devant la reconnaissance pour qu’elle lui fournisse de l’eau. Ses reins posés contre le mur, il n’eut pas la force de prendre du savon, se laissant rincer cinq bonnes minutes, histoire aussi de détendre ses muscles. Il sortit et ramassa une chemise sur son chemin, s’y enveloppant sans se sécher avant d’enfiler un sous-vêtement, l’habit collait à sa peau mouillée et ses cheveux dégouttaient abondamment. Quel état de misère et de faiblesse. Eden ne se boutonna même pas, le sang de ses plaies humidifiées colora le dos de sa chemise d’un rouge vif, il chancela vers la porte de sa chambre et l’ouvrit en y collant une épaule douloureuse, la forçant légèrement pour qu’elle s’ouvre, sans réprimer une grimace. Dehors, le jeune homme rassembla à nouveau tout son courage pour se diriger vers le couloir, s’arrêtant un instant alors qu’une nausée le secoua, s’affaissant parfois, se faisant violence pour continuer jusqu’à la bibliothèque. Il était enfermé dans une profonde souffrance mentale, amplifié par la torture physique, ses prunelles vertes étaient vitreuses, pas même larmoyantes, tout simplement ternes. Eden se rappela, au prix de dix laborieuses secondes de concentration, ce qu’il devait faire. L’aller-retour entre le sofa et le matériel fut un spectacle insoutenable, le mutant titubait, l’eau pourpre ruisselait encore sur ses jambes nues, il tomba à genoux au milieu du pourtant court parcours, si bien qu’il termina le reste en rampant quasiment pour se hisser sur le sofa et s’y allonger, malheureusement sur son dos battu. Fébrile, il ouvrit le sachet de dermatrodes et les plaça, fiévreux, tâtonnant la table basse pour trouver le simulateur dont il s’empara. Il regarda JackZ, et esquissa un nouveau sourire maladif.

« Vous êtes revenu … »

___Il le réalisait, c’était tellement beau, le choc conservait ses yeux secs. Eden pressa le simulateur, s’immergeant sans lutte, espérant peut-être mourir.


Dernière édition par Eden Vangelis le Jeu 2 Mai - 20:21, édité 2 fois
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JackZ Omega
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mer 6 Mar - 19:33

It’s too soon, fut la pensée qui traversa le jhacker lorsqu’il réalisa pleinement l’état de l’esclave. Mais en plus d’être trop tôt, il était aussi déjà trop tard pour simplement lui dire qu’il repartait. Dans les émeraudes brillait derrière le vitreux de l’épuisement, la lueur vivace de la détermination et JackZ sut qu’il était inutile de lui demander de rester pieuté ou de protester. Aussi, il referma la bouche dès après l’avoir ouvert et le laissa faire en sondant la misère de son regard, prunelles bleu flash harponnant la joie fossile qui désespérait d’être libérée. Stoïque et désarçonné, Omega laissa le môme suivre de la main les contours de son visage holographié et n’eut pas un geste, sinon de laisser sa focale vriller sur l’épaule dévoilée du mutant. Il pria de ne rien découvrir de plus et le fait même d’appréhender était tout comme s’il eut déjà deviné le reste. Nulle odeur ne pouvait lui parvenir, heureusement, les interactions avec le meatspace au travers du réseau de l’Am.I restant limitées. Encore était-il chanceux de pouvoir utiliser les HP de l’appartement, autrement aurait-il du jhacker ceux de l’holoécran du salon ou ceux d’un quelconque terminal, le premier trouvé, et numériser ses volontés et pensées en piètres qualités et au prix de l’irritante frustration que pouvaient éprouver les sliders et tous ceux qui représentaient la faune des connectés devant les dysfonctionnements matériels et autres aléas rencontrés en simavi.

Le manche du sabre qui dépassait de ses épaules brillait par l’inutilité de sa belle facture face aux épreuves que lui infligeait le jeune esclave et la focale de laser bleuté découpa l’horizon restreint des quatre murs pour revenir se ficher dans les émeraudes au poli fatigué. « Don’t push it, » feula-t-il d’un timbre bas et déraillé. Lorsque le mutant parvint enfin à s’extirper du lit, les traits de turquoise s’étirèrent sous le regard que JackZ écarquilla avant de le détourner tout bonnement. Cela, il ne saurait le voir. C’était bien plus que ce que l’homme pouvait soutenir. Ce que trafiquait chez eux les aristos et autres congénères de haute-fonctions à la tête de l’utrapolis ne n’avait jamais regardé ni intéressé mais le Chief Financial de l’Enklimacy faisait partie de la sphère restreinte qu’il avait refermée parmi la génération de dirigeants dont lui-même était issu. Il connaissait assez Lord Vangelis pour l’appeler « Lyl » d’un ton harassé lorsqu’ils étaient en désaccord. C’était ainsi qu’allait le monde. C’était ainsi qu’était gouvernée Kertapolis coté pure technocratie. La Maison Mère était-elle après tout autre chose qu’une institution remplie de super-administratifs pour les conglomérats à la tête de l’ultrapôle (Les Asques, les appelaient-on, sortis de l’Administrative School of Kertapolis) ? Amaury connaissait aussi Valrgoh et le laissait le surnommer « i-freak » de bonne grâce, ce à quoi le technocrate répondait « u-mute » en un calembours poli lui intimant de la fermer. Les trois haut-kertaliens se connaissaient depuis le AimHighest et si leurs relations s’étaient toujours menées de manière diplomatique, entendre, familières des jeux politiques depuis le kindergarden en quelque sorte, tout trois étaient parfaitement au courant du genre de rapprochements que les deux aristos avaient pu connaitre. Carlisle était autant désolé du spectacle que l’esclave offrait que de savoir qu’il le devait à Vangelis.

What am I doing. Ça allait bien oui ? Se pointer comme ça chez l’aristo dans le but de voir Eden, allait-il faire de cela une habitude ? Il réalisa subitement, après s’être sciemment laissé porter jusqu’ici, après avoir encore une fois inoculé son eADN à la glace de la tour, infiltré et jhacké les systèmes de sécurité et d’IA domestique du CIO et last but not the least, libéré son esclave. Did I loose my mind here too ? Sans un mot, il suivit le môme en glissant fluidement tel un train en maglev à quelques millimètres du sol et s’arrêta machinalement aux doubles portes automatisées de la salle de bain. Pas que la fermeture l’avait vraiment empêché d’aller plus avant, non. Il connaissait le chemin et se rendit à la bibliothèque chrome aseptisée avec ses compartiments discrètement intégrés aux parois lisses et brillantes. Lorsqu’il le vit arriver, JackZ anticipa ce que l’esclave n’était pas en mesure de gérer ; il ferma les yeux sans bouger de plus pour atteindre l’un des androïdes et s’efforça de le rallier à sa cause, entendre, cracker son IA interne, indépendamment de l’IA centrale gouvernant le loft. Rien de très compliqué pour lui. C’était symbolique, franchir une limite qu’il s’était promis de ne jamais franchir et le voilà à jouer au maitre du monde bioinformatisé aux dépends de la privacity des individus et rien de moins que celle d’un aristocrate pure souche. Zeta one nettoierai les traces de rouge dilué laissées par l’esclave, apporterait un linge qu’il placerait sous son dos pendant que celui-ci serait en immersion et n’entrerait pas ces actions dans le log d’activité. JackZ ne pouvait faire plus. Les concepteurs de l’IA, probablement la filiale e-Sane de WorldNxT, à moins qu’il ne s’agisse de Sensitive Multi-A, autre filiale ou enfin iThink, éditeur de DomIA indépendant, bien que JackZ en douta, remarquerait certainement l’intrusion un moment ou un autre si la chose se répétait. « SMA », feula-t-il en reconnaissant l’empreinte de l’éditeur, en pleine fusion avec la biomachine. Le débit de transmission info était immense là-dedans, du pétaoctet par seconde, et pour cause des neurones de synthèse assuraient le transit. Zeta one s’activa avec grâce et exécuta les nouvelles tâches qui lui incombaient.

Omega reporta son attention sur l’esclave, tel une massive stature fantomatique déployée de toute sa hauteur, sujet à une baisse certaine de résolution après son tour de passepasse et enchaina avant même que l’écho des mots d’Eden n’ait fini de résonner : « Ne parle pas. » Et cette fois-ci, le jhacker s’était préparé à la liaison et avait parfaitement scellé les contenus perceptifs de son simavi à ceux de l’esclave: il n’avait aucune envie de se retrouver emplis de qualias et de percepts de Lylian Vangelis lui bourrant le cul et ça n’était pas en partageant la misère du môme qu’il l’aiderait en quoi que ce soit. Le faire oublier, lui montrer à quoi ressemble le monde. JackZ Omega avait sa petite idée de l’endroit où ils se rendraient. Le simavi disparut du meatspace et se tint prêt au point de login programmé et crypté de l’esclave. Ses bras étaient déjà refermés sur le nuage lumineux qui se formait aux coordonnées attendues et son emprise se referma entièrement sur Eden lorsque celui-ci fut enfin tangible. La liaison s’opéra proprement et sans échappées perceptuelles autre qu’un simple « Je te tiens, » délivré en sémiosis, bourdonnement continu et luminosité éblouissante du login rendant toute communication classique inutile. Et les deux simavis liés détonnèrent et se projetèrent dans l’immensité non balisée du cyberspace comme s’ils avaient été seuls, arrivant à destination avec l’instantanéité de quelques microsecondes lumière.

La radiance bleutée se dissipa pour révéler un jardin botanique sous dôme, immense, celui de Ceres en Middle Belt. Ce n’était pourtant ni Ceres, ni la Middle Belt, mais plusieurs parcelles de cyberspace appartenant à la Maison Mère de Kertapolis « sur » lesquelles, si le terme faisant sens dans la matrice, se dressait une reproduction plus ou moins fidèle de l’aera, d’après les conditions respectant le « secret de localisation industrielle ». Pour d’évidentes raisons l’EZ ne possédait pas de réplique en monde persistant. La plateforme s’étendait sur trois kilomètres carré et le revêtement de verre photovoltaïque de l’immense voûte était couplé à un système climatique reproduisant les conditions optimales pour la flore du jardin d’acclimatation. La technologie avait été fidèlement modélisée bien que dans les deux mondes, le ciel filtrant au travers de la coupole soit artificiel. Le périmètre du dôme n’était en revanche pas opaque ni n’offrait de fake reproduction d’un quelconque horizon : s’était l’immensité de la Middle Belt qui se déployait à perte de vue. Et c’était l’endroit où le jhacker avait choisi d’immobiliser leur course folle. Des sliders flaneurs visitaient l’endroit et JackZ eut vite fait de commenter laconiquement : « Stupid fucks. La plupart pourraient y aller sur leurs deux jambes dans le meatspace. » Puis d’ajouter tout en repoussant légèrement Eden de lui afin de lui saisir les deux épaules et le retourner abruptement vers le panorama. « Ils ne peuvent pas détecter notre présence, t’en fait pas. » Ses mains étaient toujours posées sur les épaules frêles et la haute sature se tenait dans le dos de l’esclave sans qu’aucun de leur simavi n’ait projeté d’ombre, bien que celle-ci ait été calculée.

Sa brusquerie n’était pas voulue, mais il peinait à se détacher de ce qu’il avait vu, essayant tant bien que mal de profiter d’un paysage virtuel qui n’avait plus aucun secret pour lui. « C’est le monde extérieur. ‘fin, une réplique. Ça n’est pas l’endroit où tu vis. Toi, tu vis en Empowering, et la sécurité et le secret y sont tels que toute reproduction en cyberworld y est interdite. » Il marqua une brève pause et le bruissement d’électricité statique de ses larges mains glissant sur le les bras nus de l’éphèbe retentit faiblement en envoyant une déflagration d’agréable picotements sur son épiderme. Le visage du jhacker se froissa de contrition : il avait l’habitude de mieux se contrôler que ça, bordel. Fallait dire aussi qu’Eden portait bien la tunique blanche, songea-t-il tout en gardant une concentration religieuse sur l’horizon virtuel. « Plus loin, reprit-il d’un timbre curieusement enraillé, « se trouve la Red Zone. C’est là que— » Il s’interrompit brièvement. C’est là que se trouve mon corps, allait-il dire très imprudemment. Et c’est également à ce moment qu’un « léger détail » le frappa de plein fouet bien qu’il continua de faire la leçon comme si de rien était, menant une double pensée en sémiosis.

« C’est surement de là que tu viens, si tu sors pas tout droit d’un labo de la Pantocracy. Bordel, si son maitre lui pose des questions ? S’il lui demande de lui raconter sa journée ? La Redzone est un vaste territoire de non droit. Enfin, en pratique. Bien sûr tout est géré en théorie. Mais… c’est géré seulement sur certains plans… » , s’empêtra-t-il. Tôt ou tard il lui dira. I’m so wasted, réalisa-t-il alors. Et il serait forcé de faire face, plus qu’aux railleries, à l’incompréhension seule. Celle du maitre possesseur du bien qu’il tenait entre ses mains, et sa propre incompréhension. Une fausse belle journée ensoleillée brillait de l’autre côté des vastes baies vitrées, comme il n’en brillait jamais dans le monde réel constamment embrumé. Il relâcha un bras du mutant et garda la poigne gauche refermée sur le coude cuivré sans forcer, conscient de la frayeur que le môme risquerait de ressentir en « vol libre. » Et la question de l’origine tomba aussi gravement que le timbre de sa voix : « Tu sais d’où tu viens ? »

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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Jeu 7 Mar - 0:39


___Il vivait sa seconde plongée. La première ne lui avait pas vraiment laissé une sensation des plus agréables, le souvenir du mal de crâne monstrueux qui l’avait frappé ne le dissuada pourtant pas de ne pas faire machine arrière ; impossible dans toute manière. Aucune anxiété ne vint cette fois agresser ses nerfs de morsures aiguës, quelque chose remonta effectivement le long de sa colonne vertébrale sans qu’il ne put définir exactement ce que c’était. On aurait dit comme des bulles, mais il n’en fut pas certain. En revanche, de nouvelles images s’ajoutèrent aux précédentes, très brèves et sourdes, Eden n’eut le temps que de distinguer un visage qu’il savait faire partie de son ancienne vie, souillé de larmes et les lèvres ouvertes sur des cris exprimant toute l’injustice du monde. Ne pars pas. Voilà tout ce qu’il entendait, une intense peine pénétra ses chairs et le mutant comprit que chaque immersion lui provoquerait cette réaction ainsi que ces flashs qu’il n’aurait su refouler malgré toute sa volonté. Il n’était pas encore prêt à connaître la vérité, et peut-être ne la voulait-il pas, ou était-ce un mécanisme défensif de son cerveau conditionné ? Dans tous les cas, Eden avait quitté son enveloppe charnelle meurtrie, il se sentait beaucoup plus léger que dans le meatspace où il avait péniblement traîné son corps jusqu’au sofa tel un boulet métallique. La mélancolie l’avait suivi jusqu’ici, et ce n’était sûrement pas ce bleu omniprésent qui allait la chasser, seule l’étreinte sécuritaire du loup le tira de ses sombres pensées avant qu’il ne chute trop loin dans à l’intérieur ; il était assez aisé de se laisser emporter par le chagrin. Eden se raisonna : pourquoi être malheureux ? JackZ était avec lui, il le faisait sortir quelques éphémères instants de sa cage plaqué or, tout irait bien, n’est-ce pas ? Alors, qu’est-ce qui n’allait pas, Eden ?

___Il ignorait combien de temps le rêve durerait, Lylian n’allait pas rentrer de si tôt ; aussi longtemps que Sirius le jugerait nécessaire, tout réglé selon son bon-vouloir, assujetti à ses caprices s’il le désirait. Eden avait conscience de n’être qu’une marionnette, dans quelles mains en était-il autrement, au fond ? La meilleure chose encore à faire, était tout simplement de ne pas y penser et s’abandonner, Eden n’avait jamais trop à forcer une fois le contact établi entre Omega et lui. Rien n’aurait pu réprimer ces frissons hérissant sa peau, en réaction à celle du jhacker, instinctivement, c’était bien au-delà d’un réflexe physique. Il agrippa son deltoïde, réfugiant son visage contre sa clavicule pour protéger ses yeux de la luminosité assassine sans piper mot, une quinzaine de centimètres et une vingtaine de kilogrammes les séparaient tous les deux, et pourtant il n’était jamais senti si proche de quelqu’un. Son torse massif lui inspirait le réconfort, bien plus que celui de Lylian, sans surprise, il ne voulait pas le quitter. Ses pulsions mortuaires n’avaient pas disparu, elles s’étaient simplement calquées dans le fond de son esprit, un moment balayées par le bonheur d’être tenu par Sirius le temps du bref voyage. La lumière semblait à peine moins puissante, Eden leva doucement la tête, il discerna une voûte vitrée derrière l’épaule musculeuse de son protecteur, curieux de ce nouvel environnement. Au moins, on ne pouvait jamais reprocher au jeune homme d’être désintéressé par ce qu’on lui montrait, au contraire, il était extrêmement touché que JackZ prenne de son temps si précieux pour apprendre la vie à un misérable comme lui. Sa prise était faible dans le dos de granit, son interlocuteur n’eut donc aucun mal à le retourner, Eden serait tombé s’il ne le tenait pas aussi fermement, un peu désarmé par sa rudesse virile. Ses mains sur lui donnaient l’impression qu’elles pouvaient l’enfoncer dans le sol tant elles étaient pesantes, mais sans déranger outre-mesure la petite créature, habituée aux grands gabarits.

___Eden sursauta à la vue des sliders, il écarquilla les yeux et recula d’un pas et blottit son échine contre le buste de Sirius, alors affolé par toutes ces présences inconnues. La voix de JackZ le renseigna bien vite sur leur invisibilité et Eden se calma aussitôt, il se sentit idiot d’avoir réagi si craintivement ; le jhacker n’était certainement pas assez inconscient pour les montrer au grand jour. Le mutant prêta cependant une oreille attentive à ses paroles, élève assidu qui archivait précieusement chaque donnée promulguée comme si on lui offrait un trésor, ce qui était le cas en fin de compte. Longuement, les prunelles vertes dévisagèrent le vaste décor reconstitué, tout simplement impressionné par la finesse de la reproduction. ; il n’osait imaginer le travail fourni, à vrai dire cela l’échappait complètement. L’attention d’Eden se trouva un instant perturbée par le glissement des paumes irréelles sur son épiderme, il baissa un œil en coin discret sur l’une de ses mains, retenant avec difficulté le frémissement mal placé menaçant, et aussi cette atroce comparaison qui lui vint avec les caresses de Lylian. Non, il n’avait pas le droit. Par chance, son malaise fut chassé par la phrase laissée en suspens, les pupilles rétractées du mutant remontant dans celles du loup, interrogateur. Ce n’est pas ce qu’il avait voulu dire, avait-il deviné mais sans le soulever. Son regard se reporta sur l’horizon, ses sourcils se froncèrent légèrement d’une stupéfaction horrifiée, sortir d’un laboratoire ? Eden était convaincu du contraire, il ne voulait pas croire en la possibilité qu’il eût été conçu sur mesure, JackZ ne remarquait sûrement pas l’impact de ses mots, mais il opérait son vicieux chemin dans l’être fêlé qu’il tenait près de lui. Il réfréna ses tremblements dans un relent de courage, sa vision ne sachant plus où se poser tant les détails fourmillaient par-delà les murs de verre. L’esclave avait, bien sûr, déjà entendu parlé de la Redzone ; il ne s’écoulait pas une journée sans que les informations n’annoncent pas un nouveau crime dans cette partie de l’Ultrapolis, qui portait très bien son nom. Il ne s’était pas attendu à une telle question. Eden se figea totalement, une raideur soudaine anima ses muscles et ses yeux fixèrent le vide. Non. Une interminable minute s’étira sans qu’il ne réponde, il avait comme écarté l’interrogation. Son bras libre bougea, il saisit la main qui le tenait sans prévenir, entremêlant ses fins doigts dans les siens pour les détacher de son coude sans rompre le contact pour autant, serrant sans trop de force alors qu’il avança vers la vitre la plus proche, lentement, entraînant le jhacker. Le soleil artificiel illumina ses iris malachite, il continuait de regarder l’extérieur, ses phalanges contractées sur celles de JackZ. Eden étira ses lèvres dans un de ces sourires qui heurtaient le cœur d’une intarissable tristesse tant on en décelait la falsification. Il contemplait la ville, à demi-absent.

___« C’est beau, commença t-il d’une voix très douce, je n’ai jamais vu Middle Belt aussi bien de mes propres yeux. Je ne me souviens pas avoir connu autre chose que les murs de Maître Vangelis, continua Eden en attardant ses doigts sur le verre, retraçant les contours des gratte-ciels distraitement. Peut-être que c’est vrai, que je viens d’un laboratoire, le ton devint de plus en plus faible, profondément choqué par la découverte qu’il faisait à la prononciation de ses propres mots. D’où je viens, articula-t-il avec douleur, d’où … je … viens … »

___Il réalisait. La torture mentale le secoua de spasmes violents, l’expression de son visage harmonieux se décomposa puis pâlit rapidement. Il baissa la tête, puis ce fut tout l’avant de son corps qui suivit, se pliant en deux sous la souffrance qui pourfendait à la fois son cœur et son cerveau dans d’inlassables va-et-vient venimeux. Et plus il essayait de se remémorer, plus son âme se fermait avec agressivité, répliquant d’un rempart opaque qui refusait de le laisser entrer plus loin en lui. Cette dualité épouvantable déchirait son crâne, il ne pouvait vivre en se sachant expérience d’un laboratoire, et il ne pouvait pas non plus exister dans la fuite perpétuelle de son lui, de ce qu’il fut. Quelque chose allait incroyablement mal, il était en pleine crise identitaire, violente et insoutenable pour son mental si fragile. Sa main compressait les articulations de Sirius, il ne pleurait toujours pas et c’était peut-être ça le pire ; il n’éclatait pas, une concentration négative s’opérait dans sa tête juvénile, instable et prête à l’implosion. On lui avait dit de ne pas partir, on l’avait arraché à son nid, il avait supplié sa mère ; n’étaient-ce que délires de sa part ? Son meatsuit convulsait, les pulsations emballées par les endorphines, son esprit s’isolait et s’emmurait dangereusement dans un désespoir trop grand pour de si petites épaules, il voyait trouble et ne sut bientôt plus ce qui l’entourait. Inconsciemment, il poussait cette porte hermétiquement close, et chaque coup soulevait un terrible élancement dans son intérieur, les barrières du conditionnement résistaient à ses assauts, créant un véritable chaos psychique.
___La tour de verre était sur le point de se briser.


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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Ven 8 Mar - 12:02

Amaury Carlisle pouvait bien être l’un des plus grands génies de l’ultrapolis et au-delà, il restait toutefois capable de faire montre de la plus bête brutalité. Brutalité psychologique, pas même consciente. Lorsqu’il se rendit compte de sa bourde, le mal était fait. Apprendre aussi crûment à un gamin qui ne connait plus rien de la vie – si tant soit peu qu’il en eut un jour connu quelque chose – qu’il pouvait tout aussi bien être la progéniture d’un cobaye en captivité que provenir de la litière du monde, relevait du plus cliché manque de tact. JackZ avait l’âge du Christ et quelque part, il en avait aussi une certaine sagesse. Mais la comparaison ne se poussait pas aussi loin et se cabrait au contraire très rapidement. Amaury aka JackZ ne s’embarrassait pas de subtilité lorsqu’il en allait du cœur humain… ou non-humain. De nobles idéaux l’avaient toujours animé, étonnamment rescapés de l’éthos de caste de haut-technocrate dont seule l’absence de titre nobiliaire distinguait sa famille de l’aristocratie. De par le monde le clan Carlisle était plus riche que plusieurs des dynasties technocratiques kertaliennes. Mais dans le fouillis émotionnel nébuleux qui tenait lieu d’affectivité au King du cyberspace, les nuances qualitatives étaient restées mal dégrossies, et probablement le resteraient-elles à jamais.

Ses phalanges s’étaient refermées sur la main fine et JackZ s’était gauchement avancé contre l’éphèbe lorsque celui-ci l’avait entrainé. Réduit au silence par la réalisation de sa gaffe, il se contenta d’écouter le môme se démener dans ses souvenirs. Ou pas. Qui savait quel genre de traitement avait subi le jeune mutant ? Les esclaves n’étaient pas une institution, c’était contraire à la législation même. Personne ne se vantait d’en posséder ni de connaitre chasseur et autre dresseurs. Il y avait de plus, autant de chasseurs que de dresseurs, et de styles de dressages différents que commanditaires. L’Esclave, n’était pas une race, ni un produit en série et bien que nombreux d’entre ces malchanceux aient un point communément visité par leurs maitres entre les cuisses ou sur le derrière, les généralités les concernant s’arrêtaient là. Quant à celui qui comprimait présentement la main du jhacker, la mémoire semblait lui avoir été effacée, peut-être à force de conditionnement où autre chose encore. Omega bafouilla quelques mots indistincts pour le sommer de se reprendre bien qu’il sût parfaitement de quoi il en retournait et que sous ses yeux s’opérait la lutte inégale de sa volonté contre un mur psychique des plus résistants. Mais il avait accès à celui-ci, liaison effective entre leur simavi et leur psyché. Ne tenait qu’à JackZ de faire ce qu’il avait toujours craint qu’Alpha lui fasse. Allait-il franchir cette limite ?

« Oh boy, Eden, hush ! » souffla-t-il d’un timbre enroué en pivotant agilement devant l’esclave malgré son apparence massive. Il n’avait relâché sa main que pour lui ceindre la taille et l’intimer avec force à s’agenouiller avec lui. Deux bras vigoureux serpentèrent dans le dos du gamin et l’enserrèrent fermement puis JackZ remonta une main à sa nuque pour l’immobiliser contre lui, appuyant la tête blanche au creux de son épaule. Le faire ainsi réfléchir à ce qui avait été enfermé et scellé ne servait à rien hormis le torturer. Les simavis semblèrent pris d’un ondoiement, comme subitement traversés d’une interférence, celui d’Omega accusant une secousse plus grande, puis les apparences se solidifièrent. Just a little bit, s’était-il promis avant de jhacker le simavi d’Eden. Et tout fut subitement très clair. Un mur psychique n’était pas qu’une métaphore, érigé sur les fondations d’un conditionnement de plusieurs années, très certainement. Aucune barrière ni aucun mur n’était infranchissable et si ce n’était pas en deux tours, alors c’était en sept comme l’apprenait le mythe de Jéricho. La voix d’Omega retentit et vibra sans qu’il n’ouvre la bouche et à bien y écouter, peut-être n’avait-il pas même vraiment parlé. Sémiosis oblige : « Calme-toi ; ne lutte pas. Il n’est pas encore temps. » Se détacherait-il sans jeter un coup d’œil à ce qui se trouve derrière le mur ? Pourquoi le ferait-il. Triste histoire mile fois répétée et qui se répètera autant de fois encore qu’il y aura de puissances frustrées dans leur exercice. Mais il le fit quand même. Ainsi, put-il mettre des noms et des visages déformés par la mémoire de l’esclave, sur les voix qui l’avaient appelé et que celui-ci avait pleuré, et sa mère, lors de sa première plongée. A quoi bon se rappeler tout ça ? Sauf le blesser plus encore. Et ce fut alors qu’une pensée le traversa. S’effacer de lui. Qu’il l’oublie. Après tout, qu’avait-il de mieux à lui proposer ? Rien. Il ne pouvait strictement rien pour lui, réalisa-t-il enfin.

Le malaise le gagna sans qu’aucune répercussion ne se produise sur son corps allongé en Redzone. Kwan le regardait de près, son regard vairon fixé sur le boss de leur gang ; c’était les seuls moments où le regarder était possible sans risquer une réaction violente et incongrue de sa part. Comme les autres, la curiosité le bouffait à l’endroit d’Omega. Alpha. Ce mot circulait tous bas sur leurs lèvres à tous et s’étouffait dès que le jhacker bleu se pointait. Des théories allaient bon train et chacun y mettait de la sienne. Mais une chose était certaine, quelque chose de très gros était en train de se développer sous leur nez. Ils ne savaient si bien dire. Depuis l’espace jusqu’au cyberspace, depuis l’EZ jusqu’à la lisière de Ketapolis murmurait un vent de corruption délétère, de sédition et les aspirations à la toute puissance se mêlaient à celles de la liberté et du droit, faisant tourner les têtes des kertaliens aussi surement que le cul d’une virtual porn star.

Chatoiement de lumière blanche, éblouissement et double blindsight, bourdonnement assourdissant et remous tourbillonnant le long des corps. Le temps de chargement et de matérialisation fut très rapide et l’orbe bleue se dissipa pour dévoiler les ruines antiques d’un temple ionique au milieu duquel étaient agenouillés les deux simavis. Les colonnades cannelées coiffées d’acanthes, semblables aux vagues, les entouraient et depuis le naos du temple se laissait voir un ciel bleu violent et la végétation sèche d’une colline aride. L’air était chaud et chargé de soleil. JackZ se renversa légèrement sur l’arrière en inclinant la tête pour s’enquérir de l’état d’Eden. Il avait quitté sa psyché avant le saut commandé qui les mena jusqu’ici. Sa main coulissa sur les reins de l’esclave et s’arrêta sur son flanc tandis que l’autre remontait depuis sa nuque jusqu’à son crâne, phalanges vigoureuses du jhacker plongeant doucement dans la chevelure argent. Qu’il ne pense plus à ses origines, qu’il oublie et profite. La focale bleu flash attendait nerveusement de rencontrer les émeraudes d’Eden et le sérieux de son expression dénotait une fébrilité certaine, celle causée par l’impression d’avoir merdé et ouvert une série causale qui lui échapperait bientôt. Si ce n’était pas déjà le cas. Une brise légère bruissait dans le turquoise de ses cheveux couleur du ciel et faisait ondoyer le blanc du hakama béant ouvert et de la tunique de l’éphèbe. JackZ se garda cette fois-ci de donner un cours d’urbanisme. Nulle austérité ne venait durcir ses traits, mais le sourire un brin torve traduisant son incertitude lui filait un air de prédateur contrarié. Et pour cause : il voulait aborder le sujet de Lylian et une lâcheté qu’il ne se connaissait pas jusqu’alors était venu figer ses mâchoires.


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Dernière édition par JackZ Omega le Lun 11 Mar - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Ven 8 Mar - 17:45


___Il s’en était fallu de très peu pour que le château de cartes ne s’effondre. Jamais il n’avait connu pareil ébranlement, une fêlure striait à présent la tour de verre composante de son être, comme un os prêt à se fracturer. Mais il ne romprait certainement pas aujourd’hui, ni demain, il s’engageait dans un laborieux cheminement qui promettait un nombre incalculable de souffrances. Non, ce qui avait été sur le point de céder relevait plutôt de sa lucidité, de l’intégrité de ses capacités mentales déjà mises à rude épreuve par ces années d’asservissement. Sans doute que sans l’intervention du jhacker, l’esclave se serait infligé beaucoup plus de mal qu’il ne s’en était déjà fait jusque là. La céphalée semblait avoir épousé bien plus que les formes de sa boîte crânienne, descendue jusque dans ses vertèbres et ses entrailles pétries de nausées ; la force de la douleur l’empêchait de hurler, elle lui coupait tout simplement le souffle et conservait ses yeux écarquillés de choc psychologique. Les tonalités rauques du loup ne l’atteignirent que superficiellement, elles n’étaient que vagues formations de décibels sans sens, il souffrait et la sensation de noyage spirituelle obscurcissait tous les signaux extérieurs. Néanmoins, Eden ne put ignorer longtemps ce lien physique nouvellement établi, beaucoup plus étroit qu’auparavant et pour cause ; Sirius venait de le happer dans une étreinte féroce qui eut au moins le mérite de le sortir, légèrement, de son immersion psychique. En une fraction de seconde, ses genoux touchaient maintenant le sol, l’intégralité de son corps plaqué contre le bloc de marbre humain. Et le technocrate avait raison, il n’était pas encore temps pour lui de découvrir ce que le mur occultait avec hargne, d’ailleurs celui-ci le repoussa une ultime fois, éjectant Eden de cette partie interdite de son âme, laissant un jeune homme totalement éprouvé par le traumatisme.

___Ce fut comme s’il récupérait sa respiration et sa mobilité, ses pupilles rétractées reprirent un diamètre normal dans les océans de jade et il expira dans une saccade nerveuse. Son instinct craintif lui fit agripper les muscles dorsaux de JackZ, il ne comprenait plus alors ce qui venait et était en train de se passer, une brume opaque effaçait déjà de sa tête la scène de torture, Eden ne savait plus véritablement pourquoi il s’était mis dans un état pareil et il ne chercha pas d’explications ; le mutant haletait encore de surmenage. Il n’avait, bien sûr, aucune idée de ce que Sirius avait pu voir en lui, et même qu’il eût pu pénétrer son esprit, et mieux valait-il que cela reste secret. Le paysage changea radicalement, Eden contempla la métamorphose avec passivité, réalisant progressivement sa position et son contact avec l’homme. Il n’osait pas se détacher de lui, ou plutôt il n’en avait aucune envie, le slave ressentait toujours ces agréables frissons, ainsi tenu par l’étau ferme d’Omega. Ethéré aurait été le mot le plus approprié pour décrire Eden en surface, mais sous les couches d’apathie ; il pensait à trop de choses en même temps et surtout à cette émotion insistante, voire dérangeante, à chaque fois que Sirius l’enlaçait. Malgré lui, malgré toute sa discipline et cette fidélité vouée à son seul maître Lylian Vangelis, il ne put s’empêcher de fermer les yeux pour profiter des mains du jhacker, curatives et consolatrices. Eden ne tremblait plus, il n’avait pas pleuré non plus après-coup, le mutant était presque fier de lui si cette culpabilité dévorante ne lui pesait pas autant. Oui, de quel droit appréciait-il le toucher d’un autre que celui de Lylian ? Le désordre régnait dans ses réflexions, un problème en soulevait un autre mais il n’oubliait pas que son identité était l’interrogation fondamentale. La peau de JackZ s’enfonçait sous la pression de ses ongles, une courte pulsion avait fait palpiter son cœur et serrer ses mâchoires, la progression des phalanges du loup dans ses cheveux d’albâtre le troublait une fois encore et un odieux flash s’imposa à sa vue dès que la paume de son protecteur s’arrêta sur sa taille, tout près de sa hanche.

___C’était mauvais. Eden redressa sa colonne vertébrale devant la monstruosité de l’image, un dégoût incommensurable l’envahit ; il n’était pas dirigé vers Sirius, mais uniquement pour lui. Il aperçut rapidement le nouveau panorama derrière l’épaule de l’ange, mais quelque chose d’autre attirait irrémédiablement son regard comme un aimant ; les prunelles de JackZ. Il oublia ses malheurs. La tête à peine détournée et yeux levés pour observer et détailler son visage, plus en hauteur par rapport au sien, sans se lasser, tressaillant dès que ses pupilles s’ancrèrent dans les siennes. La proximité de leur visage était indécente, Eden ne s’en rendit pas tout de suite compte, car il était tout bonnement fasciné par l’esthétique de ses traits taillés au couteau, cette dureté naturelle émanant de ses orbes saphir et des muscles de sa mâchoire. Après un temps bien trop long, l’esclave constata enfin que, quelques centimètres de plus et ses lèvres auraient pu baiser l’épiderme du jhacker et que son souffle la caressait déjà, aussi recula t-il prudemment la tête sans briser l’étreinte. Eden remonta simplement ses mains sur ses épaules et cambra sa silhouette vers l’arrière pour continuer de le fixer sans faire souffrir ses cervicales, l’expression douce, il voulait essayer de lui dire que tout allait bien, qu’il se sentait mieux. Le silence s’allongeait sans qu’il ne juge nécessaire d’y remédier, ses doigts glissèrent des trapèzes musculeux contre les jugulaires jusque sur les joues d’Omega, en toute innocence, du moins autant qu’il voulait s’en convaincre. Il ne savait pas ce qui le guidait, il se laissait porter. Ses pouces redessinèrent avec une infinie délicatesse les marques turquoise sous ses paupières, les autres phalanges suivaient la courbe de sa mandibule, Eden décryptait ses propres gestes, n’attardant que très peu ses iris dans ceux de JackZ par timidité. Un sourire imprégné de tendresse avait succédé à son air inexpressif ; c’était la première fois qu’il pouvait vraiment toucher ses traits et il paraissait comblé de bonheur. Il se demandait avec curiosité si Sirius était semblable à son simavi dans le meatspace, pendant que quelques doigts se perdirent dans ses mèches bleues, se ravissant de leur douceur jusqu’à y passer complètement sa paume. Eden se fondait étonnement bien dans le décor antique, le soleil sublimait sa peau halée et faisait ressortir la blancheur de sa crinière opaline et l’émeraude de ses yeux. Le mutant garda la position, regardant enfin le technocrate en face.

___« Je vous ai surnommé Sirius, brillant comme l’étoile, mon étoile, murmura d’abord Eden de cette même expression presque aimante. J’ignore votre véritable nom et je ne demande pas à le savoir, reprit-il d’un ton toujours aussi bas, l’esclave que je suis aimerait simplement savoir … pourquoi. Pourquoi, faites-vous cela ? »

___Il lui semblait primordial d’avoir une réponse, autant que ce contact l’était. Il égarait encore ses mains sur le faciès de JackZ, s’obligeant à ne pas toucher sa bouche malgré cette furieuse envie de retracer sa lippe.

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JackZ Omega
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Lun 11 Mar - 23:11

Pick up. JackZ pick up, résonnait la voix en intrusion. A moins qu’il ne se soit exhorté à se rependre ? Intrusion. Personne ne pouvait jhacker son simavi, hormis une seule entité et ça n’était certainement pas la manière avec laquelle celle-ci avait l’habitude de s’annoncer. Wake funckin’up ! Omega ondoya l’espace d’un instant sans que la force de son étreinte n’en soit amenuisée et les pupilles se résorbèrent entièrement sans les iris bleu fusion. Ah, right. Il était joignable. Les HackZ. Sa focale restait ancrée en demi-aveugle dans les émeraudes vacillantes en contre bas et sans qu’il n’ouvre la bouche, répondit à Kwan, conscient de la lente remontée des mains fines le long de ses bras jusqu’à ses épaules. « D’betta be important, » envoya-t-il sans manquer de marquer son mécontentement.
« It is. It’s Halley. JackZ, he’s caught in Heckler & Koch’s. »
« Dafuq ? » Les traits turquoise s’écarquillèrent sous la nouvelle au moment où les mains glissaient fugacement à même la peau, son hakama de travers et inexorablement béant. Bombardé de qualias et dans l’impossibilité d’en ignorer la teneur érotique, un pli de contrariété vint lui barrer le front lorsque le môme se cambra, mouvement qu’il ne vit pas, mais devina indubitablement à la pression exercée en son dangereux endroit. Penser à baisser le niveau sensoriel lorsqu’il se trouvait avec Eden, ça s’rait plus prudent. C’est vrai qu’il avait plutôt une grosse monture de ce côté-là, enfin, en parlant de traitement de l’information perceptuelle, of course. Et inébranlable ou sinon à peine, l’attention de Jack se focalisa sur la communication, dans l’inconfort d’être à moitié aux commandes de lui-même et dans celui de la langue vernaculaire parce Kwan n’avait pas plongé. Devait être le seul en salle, c’était la règle, toujours un mec conscient dans le meatspace à veiller pendant que les autres plongent.

« He didn’t call me, » envoya-t-il afin d’en apprendre plus.
« ‘Rather burn out than cry for ya help. »
« He will. »
« We can’t help him, JackZ, no one can. »
« Gimme time. If he dies, then he’d get what he deserves. He can wait. He’s Halley. »

Et il n’en pensait pas moins. D’une, Omega n’était pas au courant d’une plongée dans le vieux continent, de deux, il ne pouvait s’agir d’une passe commandée par le pouvoir Kertapolien, ni du Triumvirat. Enfin. Il l’espérait, à plus forte raison de savoir que l’ultrapolis était à l’orée d’une guerre intestine. Enfin, Orbitale pour être exact. Mais H&K ? Le pognon avait dû attirer la vielle armoire à glace, certainement même, mais bons sang, d’là à se faire prendre… Halley ? Ce vieux cyclope n’l’avait pas même contacté. Il aurait parié que Kwan venait de lui signaler la chose contre la volonté d’Halley. Il le connaissait. Une comète du cyberspace et une fierté d’ours.

Le cardiogramme de Carlisle loupa un battement lorsque les longues phalanges de l’esclave lui redessinèrent la mâchoire et son substrat virtuel entrouvrit les lèvres sur un léger feulement au passage de la main dans ses cheveux. Il ferma les yeux et se projeta dans la matrice en une tentative sommaire d’évaluation des forces en présence. Trois secondes s’écoulèrent avant qu’il ne mesure pleinement ce que signifiait « se faire prendre par H&K ». Halley était en quarantaine dans la glace de la firme d’armement du Northernpole et JackZ en aurait presque rit si la colère n’était pas en train de se lever en lui. Non pas pour l’erreur l’infiltration commise par son lieutenant, mais pour l’ignorance dont il était tenu au sujet du commanditaire. Mais il trouverait, qu’Halley lui dise ou non. Foutues lois d’merde. Ça n’était pourtant pas pour rien qu’ils les respectaient entre eux. Question de sécurité. Il devait se sortir de là avant qu’eux n’arrivent à l’interroger, forcément, et Omega autant qu’Halley, connaissait suffisamment les dispositifs anti-intrusion pour savoir qu’émerger sauvagement équivalait à se cramer. A parier qu’il ait cru avoir complété l’inoculation de son eADN à la glace et s’y soit lancé, simavi branlant et brise-glace fendant allègrement dans toute l’inoffensive densité du système de sécurité. Failed.

Le jhacker n’avait toujours pas relâché l’éphèbe et une dizaine de secondes ne s’étaient pas même écoulées. C’est alors que la focale laser réapparut dans le bleu pétant de ses prunelles et JackZ revint pleinement à lui, red alert lui cognant aux tempes non sans avoir levé un tertre à son entrejambe. This is not happening. Il relaxa son étreinte sans ne plus savoir quoi faire de ses bras, et se contenta alors de lui enlacer chastement la taille, du moins, aussi chastement que possible. Si ça lui était encore permis. Il allait lui chopper le poignet et lui dire qu’il fallait rentrer lorsque que le regard brillant du mutant vint le frapper de plein fouet. Cette expression qu’il lut sur le visage du môme était priceless. Hors de prix, ce n’était peu dire, on ne peut plus conscient que la sanité de l’esclave venait d’être mise en jeopardy. Faire éclore la joie sur son visage. La tristesse qui le prendrait ensuite n’en serait que plus terrassante. Nay, nay. C’était trop tard, il ne pouvait le laisser retourner à son quotidien aussi simplement que ça. Lylian merdait et Amaury trouverait où quoi comment. Ça commence par un esclave… Et ce à quoi il assista deux jours plus tôt en disait long. Quelque chose ne tournait définitivement pas rond, pour que Vangelis se laisse atteindre de la sorte, c’était… Qu’il tenait le bon filon. Galaxia &Thalès. Lyl avait de soupçons, Carlisle avait le témoignage. Restait à agencer les choses. Sans se griller l’un devant l’autre et c’était surement le plus épineux dans l’affaire.

Omega résuma sa pensée en sémiosis, tout étant lié, il ne pouvait embrasser les choses d’une vision holistique qu’en changeant de plan. Qu’en changeant de mode de pensée. Sirius. Les mots d’Eden étaient musique à ses oreilles, jusqu’à ce que la sémantique du propos ne vienne le frapper. Une étoile… Oh, baby, you’re so wrong. Quelqu’un d’avisé aurait presque pu lire la flippe sur son visage, le grand gars qu’il était, la montagne même qu’il pouvait devenir s’il le souhaitait sous une lubie quelconque, tremblait devant un môme. Un môme désarmant. Désarmant, sans que cela ne l’empêche d’amorcer la charge dans ses couilles, ça, ce serait trop beau. Pourquoi ? Il hoqueta un début de réponse avorté puis mena le geste à bout cette fois-ci, lui saisissant le poignet afin de l’éloigner de son visage et le ramener vers celui de son propriétaire. Visage radieux dont il caressa fugacement la joue du plat du poing après avoir relaxé sa prise. Trop proche, beaucoup trop. Trop beau, également. Ça n’était plus même une question de sexe. JackZ avait dépassé depuis un bon moment, concernant l’esclave, le fait qu’il portât un service trois pièces.

La proximité lui devenait insupportable et le désir de fusion s’exacerbait sournoisement à cause de la liaison de sécurité établie entre leur deux simavis. Il dérapa un brin en lui prenant le visage en coupe, ses larges mains recouvrant depuis sa mâchoire jusqu’au sommet de la tête blanche. Le timbre du jhacker, grave et rendu rocailleux par l’urgence retentit enfin : « Je voudrai pouvoir dire que c’est parce que je suis barré. Mais ça n’est pas le cas. J’en ai foutrement aucune idée, Eden. » Grimaçant un sourire emmerdé, à mi-chemin entre la déconvenue et le supplice, Omega détourna le regard, relâcha le visage si charmant le temps de se recomposer et revint ancrer ses prunelles dans celle du mutant, focale raffermie et résolue. « Je crois que ton maitre déraille et j’dois découvrir pourquoi », déclara-t-il d’une traite, l’expression improbablement renfrognée tandis que son sourire semblait prit d’indépendance. Yeah, you did it, et presque sans mentir. « C’est pas un type mauvais. Foncièrement. Et…. » La manière dont il te traite ne lui ressemble pas, aurait-il voulu dire, mais le temps tournait. « Et je dois y aller. Quelqu’un va mourir si je ne vais pas à lui », trancha-t-il aussi sec avant d’ajouter, plus tranquillement mais plus fermement encore : « Agis comme tu l’as toujours fait. Je reviendrai mais je ne peux rien te promettre sinon de chercher. Garde ta langue. Si je suis quelque chose comme une bonne étoile, alors pour ton maitre aussi, très certainement, mais tient ta langue, Eden, » insista-t-il en hochant la tête d’un air déterminé.

JackZ se recourba sur l’esclave et le prit de nouveau dans l’étau massif de ses bras. Il le rehaussa et le serra contre lui, mettant très certainement plus de conviction dans son étreinte que ce que le geste en nécessitait. Se laisser aller n’était pas une option, malgré l’envie qu’il en avait, malgré les décharges d’éros qu’il devait accuser. Mille et une raisons le retenaient de merder. Le paysage disparut subitement dans une aveuglante lumière blanche que l’orbe bleue vint peu à peu tamiser et les simavis torpillèrent jusqu’au point de sortie le plus proche de l’Am.i de l’appartement de Vangelis, ne rompant la liaison qu’au dernier instant du logout. JackZ surgit par le terminal et s’holographia au-dessus d’Eden, flottant pensivement à l’horizontale, mais il ne pouvait pas plus rester et peut-être était-ce bien mieux ainsi. Une expression marmoréenne sur la face, et déprivé du sourire de joker dont il parvenait habituellement à se fendre en toute occasion, JackZ abaissait un regard sévère sur le mutant, prêt à happer ses émeraudes dès qu’elles apparaitraient. Sévère envers lui-même surtout, car sous le coup de l’attendrissement, il ne ferait jamais rien qui vaille. S’assurer que le môme émerge bien, veirouiller son collier, rétablir les systèmes de sécurité et basculer dans la matrice.


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Eden Vangelis
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MessageSujet: Re: « Why do fireflies have to die so soon ? » ▬ JackZ    Mar 12 Mar - 22:38


___Pas un seul instant Eden n’aurait pu soupçonner ce qui se tramait en JackZ. Il ignorait toujours tout du cyberspace et encore plus de toutes les possibilités que cette immersion offrait, aussi n’y avait-il aucune surprise à ce qu’il ne se doute pas que son interlocuteur puisse mener deux présences à la fois ; le vide dans les lacs d’azote de ses iris fut interprété comme une erreur de formation du simavi, un temps de chargement interrompu, plus simplement parlant. De plus en plus, Eden devait essuyer le désir interdit de voir son vrai corps dans le meatspace, Sirius assistait à chacune de ses plongées, le voyait se déplacer dans le loft, qu’en était-il de lui ? Où vivait-il ? De même, la différence entre le lui virtuel qu’il rencontré pour la toute la première fois, acculé contre le mur de verre, et celui qui l’enlaçait présentement, l’avait tout de même interpellé, le poussant à se questionner sur ce changement soudain. Eden serra quelques mèches bleues, sans douleur, entre ses phalanges, ça n’était bien sûr pas le même contact que la longue crinière cendrée de son maître, mais il y trouvait une même satisfaction à le faire. S’il s’était écouté, il se serait mis à genoux pour se redresser et enlacer son cou de l’entièreté de ses bras, et poser sa joue contre ses cheveux azur tout en fermant les yeux, se laisser aller à sentir le souffle du jhacker sur ses clavicules saillantes. Il n’en fit rien, bien conscient que les limites de la bienséance et de la pudeur auraient été outrepassées, il culpabilisait déjà assez vis-à-vis de Lylian, incapable de se détacher de l’idée qu’il était en train de le tromper. L’esclave ne pouvait malheureusement plus lutter contre cette envie d’en savoir plus sur son protecteur, et même au-delà, de rester avec lui, et il n’était pas sûr que, si on lui avait donné le choix, il aurait choisi de ne pas vivre tout cela ; en dépit des remords générés, ce qu’il ressentait était d’une beauté indéfinissable et éminemment bouleversante. Alors, il préféra garder la position, déjà ravi de ce qu’il avait sous les mains, il détailla un peu mieux le pare-feu osseux qu’il ne trouvait plus effrayant, mais comme faisant partie intégrante de Sirius.

___L’apparition de ses pupilles ne l’intrigua pas, après tout il ne s’était écoulé que quelques secondes. L’éphèbe ne se rendait pas compte que son propre bassin pressait ostentatoirement celui du jhacker, sinon il était certain qu’Eden aurait rougi jusqu’à la racine des cheveux et serait tombé sur le dos en voulant s’écarter trop rapidement. Le mutant creusa à peine plus ses dorsaux lorsque les deux membres massifs du loup resserrèrent leur anneau sur sa taille étroite, il soutint son regard autant qu’il le put, attendant une réponse sans trop espérer qu’Omega lui en livre une. Son poignet saisi, Eden détourna ses yeux sur le geste, craignant soudainement de l’avoir embarrassé voire agacé, il plissa ses paupières dans une expression soucieuse et détacha sagement son autre main de sa tignasse sauvage pour la ramener sur sa cuisse. Docile, il laissa JackZ repousser ses doigts, mais tressaillit et arrondit ses orbes malachite quelques demi-secondes ; la caresse sur sa joue, bien qu’il ne sût pas si elle fut volontaire ou non, provoqua en lui une décharge incontrôlée au niveau du cœur, suivie d’un serrement qui se répercuta jusqu’à ses viscères. Des palpitations l’assourdirent et, alors qu’il ne s’y attendait strictement pas, elles ne firent qu’empirer quand les grandes paumes du technocrate prirent son visage dans un étau aucunement brusque malgré sa force. Eden posa automatiquement sa main près des carpes, ses phalanges ne parvenaient à en faire le tour, il exerçait une petite pression fébrile tout en l’écoutant. Il n’en savait rien. Le mutant ne fut pas déçu de sa réponse, c’était toujours mieux qu’une justification par un intérêt dépourvu de tout véritable sentiment envers sa personne, et Eden ne doutait pas de la parole de JackZ. ; il lui aurait menti ouvertement qu’il l’aurait cru quand même. Eden cligna plusieurs fois des yeux, il suivit ses mouvements, suspendu à ses lèvres et affronta de nouveau ses prunelles de saphir après qu’il eut lâché sa tête, encore chamboulé par le contact.

___L’esclave fut à la fois rassuré et inquiet de constater qu’il n’était pas le seul à trouver le comportement de Lylian étrange, voire préoccupant. Jamais, ô grand jamais, Eden n’avait qualifié son maître comme étant quelqu’un de « mauvais » ; à ses oreilles d’asservi, la phrase de JackZ n’avait presque aucun sens, mais il l’oublia très vite car la curiosité l’anima face à ses mots restés en suspens. Encore une fois, il devina que ce n’était pas ce qu’il avait voulu dire en premier lieu, mais le désarmement remplaça toute réflexion. Omega devait s’en aller, l’annonce était si subite qu’il ne put s’empêcher d’en souffrir, mêlé à une gêne improbable d’avoir pu le déranger dans ses affaires. Pris de court, Eden dodelina de la tête pour signifier son assentiment, il n’avait pas même songé une seule fois à avouer à son maître ce qu’il faisait dans son dos mais qu’importe, les paroles du jhacker ne pouvaient que le conforter dans cette optique. Il aurait voulu lui demander de rester, l’implorer de ne pas partir, le supplier de toucher encore son visage, de le fixer encore avec ses grands yeux bleu électrique.

___De l’emmener avec lui.

___A la place il se tut et hoqueta légèrement à son étreinte, Eden grinça des dents et retint ses larmes à grande peine. Le slave mordit sa lippe pour stopper l’inéluctable montée humide soulignant ses pupilles brillantes, par chance Sirius ne pouvait pas le voir, et il masqua totalement son faciès en le blottissant dans le creux de son épaule. Il l’enlaçait comme si c’était la dernière fois, il s’accrochait vitalement à son corps d’adulte, et mille choses lui traversèrent l’esprit tandis que la lumière s’amplifiait. Si seulement … Quoi, Eden ? Il n’y a aucune issue pour toi. Oui, si seulement. La connexion sur le point de se rompre, le mutant saisit la main de l’ange, la tenant fébrilement jusqu’à ce que le lien ne se brise et que ses doigts quittent les siens dans une dernière caresse. Si seul. Le jeune homme n’émergea pas tout de suite, son coma s’étira durant une interminable moitié de minute où il dut se battre contre ses réminiscences et son physique trop faible, son meatsuit inerte sur le sofa. « Mais quel genre de mère es-tu pour vendre ton fils ?! Si papa était encore en vie, il t’aurait TUÉE pour ce que tu as fait ! » Il s’éveilla en accusant un violent sursaut et releva le haut de son corps si vite que ses lèvres rencontrèrent inopinément celles holographiées de JackZ avant de le traverser totalement ; l’électricité statique ainsi qu’un grand froid fouettèrent son épiderme et Eden bascula à quatre pattes au sol sous le coup de la surprise. Le linge qui avait été disposé sous lui s’était gorgé de son sang, sa propre chemise pas non plus très belle à voir ; il était encore mouillé, ses cheveux d’albâtre en témoignaient. Il n’avait pas le temps de souffler, il savait qu’il devait regagner sa chambre au plus vite pour que le jhacker puisse s’en aller. Eden se mit difficilement sur ses deux jambes mutilées, attrapa la serviette pourpre et se dirigea vers la porte non sans effort. Il ne se retourna que pour lui adresser un dernier regard, à peine larmoyant, il ouvrit la bouche et commença un « Je … » très peu convaincant. Mais l’esclave secoua la tête et ne termina pas sa phrase, il détourna son visage où un chagrin aisément remarquable put s’entrevoir, disparut dans le corridor jusqu’à regagner sa chambre. Lui parler et le fixer aurait rendu la séparation beaucoup plus dure, et Eden ne désirait pas l’encombrer davantage. Il grimpa, ou plutôt s’écroula, sur son lit et remit son collier.

___Ainsi assis sur son matelas, vide de chaleur, il réalisa qu’il avait oublié de lui dire merci malgré le très court instant passés ensembles. Un chuintement lui indiqua que son collier était de nouveau verrouillé, les portes de même. Eden baissa la tête, refermant ses doigts sur les draps blancs pendant que des gouttes d’eau salée s’échouaient dessus, s’écoulant avidement de ses paupières fermées. Il attendit encore, juste un peu, avant de tout bonnement éclater en sanglots, comme un enfant blessé, ramenant un oreiller contre son torse où il étouffa ses pleurs et épongea ses larmes. L’attente serait longue, le manque inévitablement douloureux, mais pour rien au monde il n’aurait voulu méconnaître cette tristesse.

___JackZ avait empoisonné lui-même le jardin en plantant, de ses mains souillées, le pommier de la connaissance.


Second Ending.

***

Epilogue


___Dire que le temps passa était faux. Il s’étira, se perpétua, s’éternisa en de longues heures de solitude, des nuits égrenées dans la lassitude, des matins teintés par la morosité et des crépuscules ternis de spleen. Lylian avait levé l’injuste punition plus tôt que prévu, ses regrets n’avaient pas été explicites, mais Eden les perçut dans ses yeux fuyants et sa soudaine distance. Absence aussi, son maître rentrait de plus en plus rarement, et lorsqu’il le faisait, il était trop fatigué pour lui reprocher quoi que ça soit ou se défouler. Eden assistait au spectacle en impuissant témoin, souffrant et conscient de l’éloignement de l’aristocrate, il aurait préféré être frappé que de subir cette progressive indifférence. L’impression de perdre sa seule raison d’exister était une torture inqualifiable qui le transformait un peu plus, chaque jour, en un être vide et dénué de finalité. Il errait ainsi dans l’appartement, aucun livre n’arrivant à soulager son ennui, aucune information télévisuelle ne captant son attention, son fantôme allait et venait de pièce en pièce, sans but sinon celui d’en chercher un. Il n’osait jamais trop penser à Sirius, au risque de tomber dans ce gouffre de sentiments contradictoires et honteux, et surtout d’affronter de plein fouet le fait qu’il lui manquait bien au-delà du raisonnable. Des questions superflues lui étaient venues à l’esprit et tournaient en boucle ; pensait-il à lui ? Où demeurait-il ? Quel était son âge, son identité ? Avait-il une femme, des enfants ? Il se réveillait plusieurs fois dans sa chambre, guettant les lueurs bleutées annonciatrices, en vain. Sa notion du temps totalement faussée par son état dépressif, si on pouvait qualifier ça ainsi dans une situation comme la sienne, il perdit rapidement ses espoirs, jusqu’à ce que la silhouette de JackZ ne soit plus qu’un lointain rêve auquel il avait trop cru. Et il pleurait, bien plus que ce que son corps pouvait produire, alors il poursuivait à l’intérieur lorsque les sanglots l’avaient trop assommé pour qu’il continue. L’idée d’en finir lui collait à la peau sans qu’il n’ait le courage de le faire, ni le matériel pour. Quatre nuits étaient passées, ou peut-être trois, il ne savait plus, en tout cas il faisait sombre dehors, Lylian n’avait pas franchi le seuil de sa maison depuis plus de vingt-quatre heures, l’esclave était livré à lui-même. Ses flagellations s’étaient atténuées sans pour autant avoir disparu, au moins il n’y avait plus de sang. Après un bref échange, Zeta one s’en alla faire couler le bain demandé par Eden qui rejoignit la salle ensuite, le robot l’y laissant et fermant la porte derrière lui.

___Devant lui, un bassin de quelques mètres carrés construit dans le sol, spacieux, s’abreuvait lentement d’eau chaude dont la fumée envahit progressivement la pièce, les effluves chatouillant son odorat. Il était rare qu’il le fasse, la baignoire incrustée prenait du temps pour se remplir totalement, mais il avait besoin de calme, ou de quelque chose de suffisamment grand pour s’y noyer. Eden défit ses vêtements, le tout tomba à ses pieds nus, il enjamba la pile froissée d’un pas pour le poser sur la première marche et descendit jusqu’à atteindre le fond, les pectoraux immergés, habillé de son collier d’esclave. Le mutant s’adossa à un des rebords, jetant un vague coup d’œil aux flacons disposés tout autour, jusqu’à s’y pencher de plus près après un soudain flash. Il s’empara d’une bouteille, la retournant dans tous les sens d’un air pensif, avant de l’éclater contre le sol sans crier gare, sans explication. Il jaugea longuement les débris, l’œil vitreux, puis prit le plus gros, appuyant de nouveau son dos contre la paroi tandis qu’il s’intéressait à ce qu’il tenait entre ses doigts. Est-ce que Lylian le verrait ? Est-ce qu’il le punirait ? Se soucierait-il encore de lui s’il le faisait ? Eden pressa, avec une certaine hésitation, le morceau de verre sur son poignet, l’écrasa jusqu’à ce que l’épiderme cède, que la coupure ne lui provoque un sursaut et l’élancement attendu, l’hémoglobine s’échappant en un mince filet. Le jeune homme contempla l’entaille sanguinolente, la souffrance aurait pu le faire arrêter, mais en fait, il recommença. Plus fort, plus violemment, plus haineusement, plus profondément, jusqu’à ce que tout son avant-bras ne soit plus que strié par les marques de son désespoir méprisé, de ce vide insupportable que lui offrait Lylian, de cette déchirure béante qu’avait laissée Sirius en disparaissant.

___Il ne mourrait pas. L’artère était trop loin pour être atteinte par une simple brisure de verre. L’eau, secouée d'ondoiements, avait viré rose, Eden admira un moment sa peau ensanglantée, choqué du résultat. Il avait mal, ça le brûlait, il fondit en larmes, jeta le fragment à l’autre bout de la salle dans une giclure carmine qui éclaboussa le sol. Le petit être croisa ses bras sur le rebord, posa son front contre et laissa libre cours à ses larmes, ne faisant rien pour taire ses halètements et son affliction. Le sang dégoulinait en masse, tapissant le carrelage, il s’en moquait. Il tâta les dalles, recherchant un nouveau débris pour s’attaquer à son autre bras, peut-être. Peu importait les conséquences, qu’il meurt n’avait aucun impact sur son environnement, personne n’aurait de peine.

___Tout le monde se foutait bien de l'agonie d'une luciole.

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